A propos de l’ouvrage de Leonard N Rosenband sur la papeterie de Vidalon-le-Haut.

Del Socorro Françoise, 2008

Copyrights: Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Commentaire et résumé de l’ouvrage:

Rosenband Leonard N., La fabrication du papier dans la France des Lumières, Les Montgolfier et leurs ouvriers,1761-1805, Rennes, Collection Carnot, Presses Universitaires de Rennes, 2005. 244 pages, 2-7535-0084 -3.


Introduction

Léonard N Rosenband, auteur américain, nous présente dans son ouvrage intitulé La fabrication du papier dans la France des Lumières, Les Montgolfier et leurs ouvriers, 1761-1805, son interprétation des archives des anciennes Papeteries Canson & Montgolfier pour la partie qui va de 1761 à 1805 en mettant l’accent sur comment les maîtres ont eu du mal à transformer les règles sociales qui obligent les maîtres à reconnaître le travail des ouvriers et le fait qu’ils soient tous indispensables quelque soient leurs exigences sociales, en des règles sociales qui obligent les ouvriers à reconnaître leur attachement aux règlements de la fabrique et à l’indispensabilité du maître.
Nous commencerons par le commentaire de l’ouvrage et nous continuerons par le résumé de celui-ci.
Les Montgolfier restent des personnages attachants parce que c’est à travers les critiques qu’ils font à leurs ouvriers qu’on apprend que ceux-ci avaient une conception de comment l’argent est synonyme de pouvoir complètement à l’opposé de la notre selon laquelle l’argent devrait être économisé et il faut se méfier des amis intéressés, et là c’est l’opposé car tout le monde achète sa bienvenue à tout le monde à plusieurs reprises pour ne pas avoir à la demander à personne. Parce que dans le domaine de la papeterie ce sont des expérimentateurs qui font des essais techniques ou sociaux pour inventer des nouveaux produits ou des nouvelles sociétés et qui ne se découragent jamais de tout devoir recommencer. Et parce que dans la vie en société ce sont des inventeurs fous qui réclament avec insistance que l’Etat mette leurs inventions dans leur procès verbal, donc ils reproduisent les chantages que les ouvriers faisaient avec eux sous une forme beaucoup plus polie et légitimatrice et obtiennent quand ils y tiennent sa reconnaissance et son soutient.

Table des matières

COMMENTAIRE

I -L’auteur, Rosenband Leonard N. et son intérêt pour la papeterie des Montgolfier
II- Les archives des Papeteries Canson & Montgolfier
III- Le cadre géographique
IV- Les Frères Montgolfier, Joseph et Etienne
V- La perception du changement de système technique dans l’usine

RESUME

Première partie - Une industrie traditionnelle
Chapitre I- L’industrie française au XVIIIème siècle
Chapitre II- La fabrication du papier
Chapitre III- Les Montgolfier et le métier de papetier
Chapitre IV- Chiffons, règlements et encouragement officiel

Deuxième partie - Les " modes " ouvrières et le lock-out de 1781
Chapitre V - La construction des cylindres et la coutume des compagnons
Chapitre VI - Le lock-out

Troisième partie - Contrôler pour gouverner
Chapitre VII - Le nouveau régime
Chapitre VIII - Embauches et licenciements

COMMENTAIRE

I -L’auteur, Rosenband Leonard N. et son intérêt pour la papeterie des Montgolfier

Léonard N. Rosenband est un professeur d’histoire à l’Utah State University qui s’intéresse beaucoup au rapport entre les Montgolfier, maîtres papetiers à Vidalon-le-Haut et leurs ouvriers au XVIIIème siècle. Il a écrit de nombreux articles dans le Journal of Economic History publié par le Economic History Association et le Journal of Interdisciplinary History publié par le MIT Press sur comment les maîtres papetiers ont réussi à établir les règles de bonne conduite qu’ils voulaient voir appliquées dans leur entreprises alors que les compagnons qui connaissaient le métier apportaient avec eux les modes qui sont leurs routines et coutumes séculaires de bonne conduite qu’ils appliquaient dans toute l’entreprise. Son style n’est pas neutre car il cite tout le temps l’opinion des maîtres mais la grande quantité d’arguments qu’il évoque nous donne de la place pour interpréter pourquoi les ouvriers tenaient-ils tant à un système où presque tout l’argent que l’on gagne sert à payer sous forme d’amendes des repas festifs à toute l’équipe de cuve pour laquelle on travaille et que l’on ne connaît que depuis quelques mois et sous forme de rentes une contribution pour tout ouvrier papetier inconnu qui sur sa route passe par là où on travail? Car c’est un système qui existe de façon marginale dans notre société sous forme d’associations où on paye pour " avoir " des amis qui réfléchissent tous sur le même thème et qui durent le temps d’une sortie, d’une activité, ou d’une réunion-débat passionnante. L’association des compagnons papetiers leur garantissait un travail permanent et un logement sûr chez leur maître où qu’ils aillent. Car les ouvriers limitaient eux -mêmes le nombre d’apprentis afin que ce ne soient pas les maîtres qui choisissent les membres de l’équipe lors de l’embauche, en ne prenant que les petit-fils d’ouvriers papetiers fidèles aux modes et en excluant du métier tout ouvrier qui montrait son dévouement au maître même lorsque celui-ci avait été juste et honnête avec eux. Alors pour prendre les rennes de son entreprise, les maîtres ont dû former des nouveaux apprentis tout en les empêchant de se familiariser avec le système d’amendes des vétérans pour qu’ils n’aperçoivent que le côté négatif et absurde des amendes et ont décidé de se fier à l’innovation technologique, car même si celle-ci ne remet pas en question l’organisation séculaire du travail dans la papeterie, elle permet de diminuer le nombre d’effectifs dans l’usine, donc le nombre de problèmes, et permet de faire croire que le savoir-faire est imposé par le système technique de l’usine et non pas par la transmission familiale séculaire.
Rosenband cite ses sources au fur et à mesure dans ses notes en bas de page et nous présente un condensé assez long mais classé p.255 dans le chapitre intitulé " Note sur les sources ". Il nous raconte qu’il a consulté les Archives des Anciennes Manufactures Canson & Montgolfier, sûrement il a lu un très grand nombre de correspondances et autres documents écrits entre 1761 et 1805, il ne nous dit pas où sont les archives qu’il a consultés mais il nous informe qu’on peut trouver la majorité des documents sous forme de microfilms aux côtes 131MI aux Archives Nationales de Paris alors qu’il est très probable que les microfilms ne soient pas à Paris mais à Roubaix. Par contre on y trouve 3 ouvrages aux côtes 53AQ qui dressent l’inventaire des documents écrits des Archives des Anciennes Manufactures Canson & Montgolfier et qui auraient dû être accompagnés des microfilms. Il a également consulté les Archives départementales de l’Ardèche à Privas et les Archives départementales de l’Hérault à Montpellier.
Parmi les auteurs que L. N. Rosenband cite il y a la thèse de Reynaud Marie-Hélène qui d’après le Bulletin du Centre d’Histoire Economique et Sociale de la Région Lyonnaise avait pour titre original: Les moulins à papier d’Annonay sous l’Ancien Régime: l’exemple de la papeterie de Vidalon, qui a été soutenue en 1980 en ayant pour jury trois professeurs d’histoire contemporaine, l’un de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, Maurice Bordes qui s’est beaucoup intéressé à l’histoire de la Gascogne, et les deux autres de l’Université Lumière Lyon II, Jean-Pierre Gutton qui s’est intéressé à plusieurs thématiques sur l’Ancien Régime: la ville, les hôpitaux, les couverts, la criminalité et le pouvoir politique entre autres et Georges Durand qui s’est peut-être intéressé aux exploitations agricoles et au patrimoine foncier de Lyon. Cette thèse a été publiée sous le titre: Les moulins à papier d’Annonay à l’ère pré-industrielle, les Montgolfier et Vidalon à Annonay aux Editions du Vivarais à 1981en 320pages. D’après l’auteur de celle-ci qui est actuellement la conservatrice des Archives et du Musée des Papeteries Canson & Montgolfier, il contient de nombreux documents, dont on ne sait pas s’il s’agit de la copie photographiée ou écrite des originaux, qui correspondent aux références bibliographiques très particulières citées par Rosenband. En effet Rosenband cite les archives des Anciennes papeteries Canson & Montgolfier ainsi: d’abord on a la phrase avec l’îlot textuel: " Ici réside un des piliers de la coutume des papetiers, "des conventions faites entre eux qu’ils appellent modes38" (p.85). Et à la fin de la phrase on a un chiffre en indice qui va de 0 à x pour chaque chapitre. Et en note en bas de page on a directement le chiffre et la référence bibliographique qui est un peu succincte mais compréhensible: "38. AN, 131 MI 53 AQ 23, document 43 ", AN représentant les initiales pour Archives Nationales.

II- Les archives des Papeteries Canson & Montgolfier

L’avant-propos des Archives des Anciennes Manufactures Canson & Montgolfier à Vidalon a été rédigé le 1er Octobre 1947 par l’un des membres du Conseil d’Administration de la Société qui exploite la Manufacture de Vidalon depuis 1907, mais je ne sais pas laquelle c’est, Jean Frachon, pour justifier l’intérêt du travail de classement qu’il a accompli avec des collègues dont il fait allusion mais qui ne sont pas cités directement.
Le travail de Frachon et de ses confrères a été de rassembler dans un même local un très grand nombre d’archives dont certaines datent du 17ème siècle puis de les classer méthodiquement et de les cataloguer. On sait qu’il était aidé car la plupart de ses phrases sont à la première personne du pluriel ou ont un sujet qui ne désigne pas l’être humain qui fait l’action, mais l’action qui a été faite comme dans la première phrase: " Le classement des documents figurant au présent catalogue et l’établissement de celui-ci ont été une oeuvre de longue haleine." (p.1)
D’après celui-ci la valeur et l’intérêt des documents des Archives de Vidalon leur est apparu avec la parution de l’ouvrage de Léon Rostaing en 1910: " La Famille MONTGOLFIER - Ses Alliances - Ses descendants " et avec le procès-verbal que la Ville d’Annonay leur avait intenté en 1912 pour réclamer à la Société de Vidalon un droit de passage dont finalement elle n’avait pas le droit. Car c’est là où ils ont vu que Vidalon-le-Haut possédait de précieux " renseignements d’ordre familial, industriel et, en matière d’aérostation, historique, sur la Manufacture et les MONTGOLFIER " (p.2)
Pendant la première guerre mondiale leur travail d’archiviste a été très perturbé. En 1920, ils ont découvert tout à fait par hasard lors d’une conversation un chartrier au chāteau de Colombier-le-Cardinal qui appartient à la famille Canson et qui contient 1592 documents inédits sur les Montgolfier et en particulier la correspondance reçue par Etienne MONTGOLFIER entre 1783 et 1784 lorsqu’il faisait ses expériences aérostatiques à Paris, envoyées par des savants, des admirateurs et des " gens à l’imagination féconde qui proposaient des perfectionnements à la " Machine Aérostatique " ou des utilisations imprévues." (p.3) et les 221 lettres reçues par Etienne de ses frères où l’on discute des profits que l’on peut tirer de l’aérostat, et de leurs difficultés à faire fonctionner Vidalon-le-Haut en son absence, et d’autres correspondances d’un intérêt tout aussi passionnant.
Alors ils ont décidé de faire et finir le catalogue des documents du chartrier de Colombier-le-Cardinal avant ceux de celui de Vidalon-le-Haut. Cela leur a prit 4 ans et ils ont fini en 1953.
C’est là où ils se sont rendus compte que les archives qu’ils avaient commencé à classer au chartrier des Anciennes Manufactures Canson & Montgolfier étaient incomplètes car le chartrier du chāteau de Colombier-le- Cardinal possédait des archives industrielles et familiales sur les Canson et les Montgolfier que la famille Canson avait emporté à la mort prématurée d’Etienne Canson, descendant direct d’Etienne Montgolfier.
D’après Bétinas Marcel, Renaudie Georges, Les riches heures des frères Montgolfier, Annonay, Les compagnons du livre, 1783, Etienne Montgolfier a fait marier sa deuxième fille, Alexandrine à Barthélemy de Canson qui à sa mort prit sa succession parce qu’il léga ses biens à sa fille. Parmi les enfants qu’ils eurent, Etienne et Louis de Canson ont travaillé à la papeterie et Etienne de Canson a hérité de celle-ci. Mais à sa mort, les enfant d’Etienne sont mineurs et la papeterie est vendue à un membre plus lointain de la famille Canson et Montgolfier, Marc Seguin, qui d’après Faure Michel, Les frères Montgolfier et la conquête de l’air, Aix-en-Provence, Edisud, 1983, p.19: Arbre généalogique simplifié des familles de Montgolfier et Seguin, est le petit fils de Raymond Montgolfier, premier héritier de la fabrique, et l’héritier intellectuel de Joseph Montgolfier car Marc Seguin a inventé beaucoup d’objets industriels. Donc Etienne Canson et le nouveau propriétaire de Vidalon-le-Haut, Marc Seguin sont des cousins de deuxième génération et les arrière-petits- enfants de Pierre Montgolfier, il me semble.
Les 52 documents de Colombier-le- Cardinal portent sur " l’installation des cylindres hollandais, (à) des demandes de subvention aux Etats de Languedoc, (à) la création à Vidalon d’une Ecole de papeterie, (à) l’octroi du Titre de Manufacture Royale, (à) la priorité de Vidalon dans la fabrication en France du Papier Vélin, etc. etc." (p.5 et 6) et portent le numéro de carton XXVII. Dans une note en bas de page on nous informe que plusieurs membres de la famille des Montgolfier possèdent chez eux à Saint Marcel-lès-Annonay et à Grosberty- lès-Annonay des archives tout aussi intéressantes.
Après avoir fini ce classement, ils ont repris le classement interrompu à Vidalon-le-Haut. Mais la Seconde Guerre Mondiale les interrompit pour la troisième fois et ce n’est que lors de l’hiver 1946 à 1947 qu’ils ont pu reprendre et terminer leur travail.
En ce qui concerne le placement des documents, ils ont été contraints par la taille des chartriers à Vidalon et à Colombier, la disposition des meubles, et le format des documents. En ce qui concerne leur choix de conservation des documents, bien que déjà en 1940 on estimait que les documents récents ont moindre valeur, ils ont pensé à l’avenir (on est en 2008), et ils les ont gardés parce que les " archives industrielles " (p.7) peuvent être utiles dans l’avenir en cas de conflits. Néanmoins je remarque que l’auteur de l’avant-propos est tellement passionné par les documents que toute l’équipe a dû tout avoir gardé sans rien jeter mais n’a pas osé le dire.
Il finit l’avant-propos en priant toutes les Administrations de la Manufacture qui succèderont à celle en vigueur de conserver et d’augmenter les archives rares, incomparables, complètes, centenaires et précieuses qu’ils ont classés. Et de penser, à chaque fois que par goût ou par devoir ils consulteront leurs archives, au courage, à la persévérance et au souci de respectabilité commerciale qui caractérise l’essence de l’énorme travail archivistique que lui et ses collègues ont achevé.
Et en s’adressant brièvement aux lecteurs pour leur dire qu’on peut toujours tirer une leçon de morale en lisant l’histoire économique et industrielle du pays à travers la façon exemplaire dont vécurent les familles qui ont créé cette histoire.
L’organisation des archives AQ53 (34-98) a été faite de la façon suivante: Après l’avant-propos de 9 pages, on a la table des matières. Sur la partie droite figure les documents que contiennent tel carton et sur la partie gauche le numéro du ou des cartons qui contiennent ces documents. Par exemple:
Carton N° LXXVidalon-le- Bas.............................page 17

Cet archive recense en tout 95 cartons, je crois, qui se réfèrent, il me semble, indistinctement aux documents classés au chartrier de Colombier-le-Cardinal et au chartrier des Papeteries Canson & Montgolfier. La table des matières introduit une description thématique des documents avec un accès paginé. Et les pages donnent une description plus détaillée mais toujours thématique de la nature et du sujet central d’un ou plusieurs documents. Chaque document ou chaque ensemble de documents est classé par carton, par numéro, par date et par désignation de cette façon là:
Numéros Désignation des pièces
LXXIV - 221784 Brouillon de pétition en vue de l’obtention du titre de " Manufacture Royale " - De la main d’Etienne.

Tout est tapé distinctement à la machine mais la qualité des lettres suggère que rien n’est numérisé et que l’objet utilisé pour réaliser cet inventaire est bien une machine à écrire. Par contre les documents ont été depuis microfilmés et doivent être gardés dans une pellicule quelque part.
Le tout est nommé " ARCHIVES DES ANCIENNES MANUFACTURES CANSON & MONTGOLFIER A VIDALON ".

III- Le cadre géographique

Le premier moulin des ancêtres directs des Montgolfier est créé par un dénommé Jean en 1160 dans son village natal de Frankenthal en Allemagne. Celui-ci rapporte ce savoir-faire d’une inspiration et d’un sentiment de vocation qu’il a eu lors d’une expérience acquise alors qu’il avait été fait prisonnier à Damas, en Syrie, lorsqu’il a entrepris de participer à la seconde croisade (1147-1148). Tout au long de sa période de détention son maître lui a appris les ficelles du métier d’esclave papetier. Et comme il s’est dit que le produit fabriqué aurait de l’avenir en Allemagne, il a tout appris puis il s’est enfui à la première occasion avec une troupe de croisés en rapportant 2 feuilles de papier sur lui. Puis en 1350, le nom de la famille " Montgolfier " apparaît sur les flancs du Mont-Golfier dans la région de l’Auvergne en France. Puis un Montgolfier épouse la fille d’un maître papetier de l’Auvergne, puis son fils Raymond épouse la fille d’un maître papetier de la région Rhône-Alpes. Celui-ci transmet à sa fille la papeterie de Vidalon-le-Haut qui se situe dans la région Rhône-Alpes, dans le département de l’Ardèche (07), dans le canton de Annonay, et dans la commune de Davézieux sur l’un des cours d’eau d’une des rivières qui part vers l’ouest du fleuve le Rhône et qui s’appelle la Deûme.

La région Rhône-Alpes contient 74 communes, le département de l’Ardèche est divisé en 3 arrondissements, l’arrondissement de Tournon est divisé en 14 communes dont Davézieux d’après l’Association pour l’Atlas Régional Rhône-Alpes (APARRA), L’atlas Rhône-Alpes, volume 1, EISE, Lyon, 1974. Il faut remarquer que Annonay désigne à la fois un canton et une commune et Tournon désigne à la fois un arrondissement, un canton et une commune. On voit que la Saône débouche dans le Rhône à Lyon et que l’ensemble Saône-Rhône traverse la région Rhône- Alpes en son milieu du Nord au Sud en passant par Mācon, Lyon qui est la plus grande des agglomérations en 1974 et qui l’était aussi au XVIIIème siècle, Givors, Vienne, Annonay, Tournon, Valence, et Montélimar. Annonay est en 1974 une petite agglomération comparée à Lyon, Saint-Etienne et Grenoble et c’était sûrement aussi le cas au XVIIIème, le canton d’Annonay se situe à l’ouest du Rhône entre Lyon et Valence, et est desservi par un affluent du Rhône, la Cance qui d’après le seul Annexe dessiné à la fin de l’ouvrage de Rosenband se scinde en deux et du côté nord on a la commune de Davésieux parcourue par la Deûme et c’est là où se trouve Vidalon-le-Haut et du côté sud on a la commune d’Annonay parcourue encore une fois par la Cance. D’après L’atlas Rhône-Alpes, " Le réseau hydrographique rhodanien fait ainsi d’une région montagneuse un vestibule ouvert vers de nombreuses directions ". Ainsi les très nombreux confluents du Rhône desservent à l’Est toutes les vallées des monts du Massif Central (mont Beaujolais, Lyonnais et Vivarais) et l’un d’eux s’approche de Saint-Etienne, grande agglomération desservie par le fleuve la Loire. Et à l’Ouest, les vallées du Sud du Jura et celles des Alpes du Nord dont la vallée du Graisivaudan (avec "ai" sur la carte) qui est parcourue par la rivière Isère et où il y a une très grande concentration de petites manufactures papetières.
Enfin la morphologie générale de la Région Rhône-Alpes est très utile pour tous ceux qui veulent se lancer dans la fabrication de papier à condition que les rivières ne soient pas polluées parce que les hauts dénivelés font qu’il y ait beaucoup de chutes d’eau et l’énergie des chutes d’eau est canalisée pour faire tourner la roue à augets qui soulève à plusieurs reprises les piles à maillets grāce à des cames qui sont comme des protubérances d’un appareil à musique et qui se situent en son centre. Et cette énergie a servi par la suite à faire mouvoir la pile hollandaise par un système de rouages, et au XIXème cette énergie pourra être convertie en énergie électrique pour faire tourner le moteur de la machine à papier.

Photo de Vidalon-le-Haut (non datée) d’après: Reynaud Marie-Hélène, Fiche 6.3, Annonay, les papeteries Canson et Mongolfier, 2007 [2008], tiré de Education et patrimoine en Ardèche; Ardèche -Hommes, Territoire, Patrimoine, Pôle 6: Annonay, Tournon sur Rhône, http://ardecol-v2.inforoutes-ardeche.fr/, Ardèche Education, 2007 [2008] http://ardecol- v2.inforoutes-ardeche.fr/educationetpatrimoine/fiche63/fiche63.htm

Photo de Vidalon-le-Haut, actuellement Arjowiggins Canson, (2008) d’après: Google Earth 2007 [2008] Photo de l’ancienne papeterie des Montgolfier à Rives, actuellement Arjowiggins Rives, (2008) d’après: Google Earth 2007 [2008]

En ce qui concerne l’évolution du nom de la papeterie de Vidalon-le-Haut, jusqu’en 1807 elle s’appelle Vidalon-le-Haut. Entre l’époque d’Antoine Chelles et celle d’Etienne de Canson on remarque que l’entreprise est cédée par des liens de mariage à la famille du mari d’une des filles toutes les fois où le père n’a pas eu un très grand nombre d’enfants ou n’a pas eu d’enfants māles. Ainsi Raymond Montgolfier épouse Margueritte Chelles puis hérite de Vidalon-le-Haut qui lui est transmis par son père. Et Barthélemy de Canson épouse Alexandrine Montgolfier peu après s’être associé avec son père et le neveu de celui-ci pour hériter de Vidalon-le-Haut. Et on remarque que la génération du grand-père et du père de Etienne Montgolfier qui dure 120 ans (1673-1743/1700-1793) a en moyenne 17enfants (19/16) et que la génération des frères dont on connaît le nombre d’enfants, Raymond (5), Joseph (5) et Etienne (6), et qui dure 120ans aussi (Raymond: 1730-1772/ Joseph: 1740-1810) a en moyenne 5 enfants, donc que à partir de 1760 (1730+(1793-1730)/2), les familles ont 3 fois moins d’enfants (17 / 5=3,4) donc que la transmission du patrimoine industriel est de plus en plus difficile à gérer. Il arrive un moment où il n’y a plus assez de descendants pour diriger l’entreprise. La mort de Etienne de Canson, petit-fils d’Etienne de Montgolfier, qui ne laisse que des enfants mineurs et suite à laquelle on ne se tourne pas vers ses propres frères pour diriger l’entreprise marque un changement radical dans la façon dont le patrimoine industriel est géré car Vidalon-le-Haut est vendu à un cousin du second degré de celui-ci, Marc Seguin, en 1861 d’après l’avant-propos de l’archive AQ53. Mais l’entreprise n’a peut-être pas changé de nom parce que il faut attendre 1976 pour qu’elle change peut-être de nom en étant achetée par le groupe Arjomari Prioux, qui est constitué entre autres par ses anciens concurrents, les papeteries d’Arches, des Johannot, du Marais et de Rives. Ce groupe représente un changement radical dans la façon dont le patrimoine industriel est conçu car les Papeteries des Canson et Montgolfier a peut-être cessé d’être une entreprise familiale car il n’y a pas de manifestation de légitimation familiale de la part de ses nouveaux propriétaires pour devenir une filiale d’une société anonyme car il y a une manifestation de légitimation d’appartenance sociale puisque un groupe semble être une non personne qui possède des entreprises de catégorie similaire. Ce groupe change légèrement de nom en fonction de ses achats et ventes d’entreprises et devient en 2002 l’entreprise qui apparaît sur Google Earth 2007 consulté en 2008, ArjoWiggins SAS. On ne sait pas quand ni comment les papeteries Canson et Montgolfier ont été dénommées ArjoWiggins Canson mais le Musée des Papeteries Canson et Montgolfier est toujours là et leurs archives sous forme de microfilms ne doivent pas être loin car les Archives Nationales à Paris m’ont dit qu’ils ne les ont pas et j’ai entendu dire qu’elles étaient à Roubaix.


Un dernier point géographique: d’après le Site officiel de la commune de Davézieux > histoire, www.cc-bassin-annonay.fr/davezieux (2008), la commune de Davézieux n’existe que depuis le 2 février 1790 et Etienne Montgolfier est le premier maire à être " élu " dans cette commune dont le blason choisi contient représenté le papier vélin qui a valu à Vidalon-le-Haut le titre de Manufacture Royale et à Pierre Montgolfier un anoblissement de son nom de famille et la montgolfière qui a rendu Etienne et Joseph de Montgolfier célèbres à Versailles et à l’Académie des Sciences.

IV- Les Frères Montgolfier, Joseph et Etienne

D’après le chapitre III, les Montgolfier ont une haute estime d’eux-mêmes car ils n’ont jamais laissé leur entreprise être dévorée par des dettes comme c’est le cas de la plupart des petites fabriques dans le Dauphiné, et les patrons se considèrent depuis toujours comme maître de leur art alors que d’habitude ce sont les ouvriers qui réclament la possession et la transmission de l’art de faire du papier. Et ils se vantent d’avoir réussi à établir des règles de comportement dans leur entreprise là où les autres se font commander par leurs travailleurs et à appliquer les décrets royaux sur la discipline des compagnons là où d’autres ne peuvent que laisser les ouvriers s’embaucher puis partir à l’aventure ou abandonner leur ouvrage par soutient à tout ouvrier mécontent qui se met à faire la grève et ne revenir que s’il est dédommagé du temps où il n’a pas pu travailler parce qu’il faisait la fête au cabaret. Le pouvoir des patrons papetiers vient du fait qu’ils aient toujours un pas d’avance sur leurs ouvriers en ce qui concerne la connaissance technique, cette supériorité intellectuelle vient de l’ouverture d’esprit des Montgolfier pour la science appliquée donc la confiance en les essais sans succès de faire tourner une nouveauté technologique, la pile hollandaise, dans leur entreprise, en espérant un jour un essai réussi, et de l’idée d’utiliser cette nouvelle machine comme prétexte pour orienter le mince changement de savoir-faire associés vers un changement radical de pratiques morales associées, et donc de leur idée d’utiliser l’innovation technologique comme source de révolution des moeurs, ce qui n’est pas un changement induit mais un changement construit.
A l’époque pour devenir apprenti, il faut justifier qu’on est fils et petit-fils d’ouvrier papetier. Et pour devenir patron d’un moulin à papier il faut aussi justifier que dans la famille on est patron depuis plusieurs générations, sinon les amendes pleuvent. Etienne et Joseph Montgolfier ont plus que leur place à Vidalon-le-Haut parce que ils connaissent la légende familiale que leur père Pierre Montgolfier raconte à ses très nombreux descendants. Et ils ont agrandi cette légende grāce à leurs nombreuses inventions qui sont surtout le fruit de l’esprit calculateur, imaginatif et impulsif de Joseph Montgolfier. Voyons ce qu’il en est de la légende des Montgolfier dans Bétinas Marcel, Renaudie Georges, Les riches heures des frères Montgolfier, Annonay, Les compagnons du livre, 1983. 96 pages, rédigé et imprimé à l’occasion du bicentenaire de l’Air et de l’Espace par les Compagnons du livre au nombre limité de 550 exemplaires, le numéro 183 se trouvant à la BPI (Bibliothèque Publique d’Information - Centre Georges Pompidou - 75197 Paris Cedex 04).
Les auteurs Bétinas M. et Renaudie G. font remarquer dans l’avant-propos que Etienne et Joseph Montgolfier appartiennent à une famille religieuse et pleine de morale où le père a des choses à enseigner à ses enfants et ils font la surprise à leur père, Pierre Montgolfier, en inventant un moyen de se hisser dans les airs, la Montgolfière, donc en lui enseignant quelque chose qu’il ne pouvait pas leur enseigner.

Dans le premier chapitre intitulé " Les aļeux ", les auteurs montrent Pierre assis à côté de la cheminée en racontant à ses " fils ", et c’est là qu’on voit que la langue reflète une société où c’est l’homme qui transmet le destin de sa famille à ses enfants māles et pas à ses enfants femelles, la mythologie familiale de leurs aļeux.
Tout commence en 1095 sous le pape Urbain 2 avec la première croisade qui emmène deux croyants venus du village germain de Frankenthal en Bavière pour délivrer le Saint- Sépulcre des Turcs à Jérusalem et proclamer Godefroi de Bouillon roi de la Sainte-ville. L’un d’eux survit et retourne en Bavière raconter ses fabuleuses aventures aux jeunes de sa famille, son neveu Jean est tellement ému par l’histoire qu’il s’enrôle dans la deuxième croisade, il survit aussi mais est fait prisonnier et devient l’esclave d’un maître-papetier qui habite près de Damas en Syrie. Celui-ci le fait transporter, couper et déchiqueter à longueur de journée des balles de chiffon et des voiles de bateaux usés pour fabriquer un papier plus clair et moins coûteux que le parchemin. Il apprend pendant 3ans tout le procédé de fabrication du papier, comment le fermenter, le mélanger avec l’eau et le faire sécher à l’étendoir et retient tous les gestes et mesures dans sa mémoire. Et un beau jour il vole 2 feuilles de papier, les cache dans sa tunique et s’enfuit. Il rencontre une troupe de croisés qui revient en France et marche pendant sept ans jusqu’en Bavière. Le nombre d’année qu’il marche est à mon avis symbolique car il faut 8 mois pour apporter une girafe à pied de Marseille au Jardin Royal des Plantes à Paris au XIXème selon l’ouvrage de Laissus Yves, Le Muséum d’histoire naturelle.
Là il fonde le premier moulin des Montgolfier en 1160 et au même temps il fonde une famille car jusqu’au XIXème la fortune n’allait pas sans la famille qui devait s’en occuper et le patrimoine industriel se transmettait de père en fils, d’ailleurs Rosenband nous dit que cette règle est déjà très bien établie au XVIIIème p.50 "En règle générale, pour un entrepreneur de l’Ancien Régime, faire appel à des gérants extérieurs à la famille était considéré comme un risque potentiel" car l’ère des actionnaires n’est pas encore concevable.
En 1350 une branche de la famille de Jean s’établit en Auvergne à Cros-Montgolfier sur les flancs du Mont-Golfier et je pense que cette référence géographique suggère que c’est de là que vient le nom " Montgolfier ". Il semble alors que le nom Montgolfier date du XIVème siècle.
Puis il y a des guerres de religion, dans la famille, deux frères sont fabricants de papier, l’un est catholique, l’autre protestant. Jacques Montgolfier qui est protestant doit fuir l’inquisition et se cache dans les bois. Son moulin à Saint- Didier est brûlé lors de la Saint-Barthélémy. Ses fils sont moins enclins à prendre des risques et se convertissent tous au catholicisme. Deux d’entre eux deviennent prêtre, et Jean succède à Jacques.
Et comme la communauté des maîtres papetiers est très soudée, Jean épouse la fille d’un papetier d’Ambert, Claudine Bertonnet qui donne naissance à Raymond Montgolfier et celui-ci épouse également la fille d’un maître papetier, Antoine Chelles, qui est l’ami de son père et qui est propriétaire de Vidalon-le-Haut et de Vidalon-le- Bas. Celle-ci s’appelle Margueritte Chelles, son frère Michel Montgolfier épouse au même temps l’autre fille de Antoine Chelles, Françoise. On dit que le mariage des deux frères avec les deux soeurs rend les eaux de la Deûme plus claires, cela signifie qu’ils ont fait une bonne affaire car la clarté de l’eau est primordiale pour laver le chiffon et fabriquer le papier.
Comme Vidalon ne pouvait pas encore nourrir deux ménages, Raymond et Margueritte louent le moulin d’Utiac près de Tence en Velay. Ils ont 19 enfants car les moyens anticonceptionnels n’existent pas encore. Et leur cinquième enfant c’est Pierre qui raconte l’histoire et qui sera bientôt pris dans l’histoire de ses propres enfants.

Dans le deuxième chapitre intitulé " Raymond et Pierre ", on apprend que Maître Chelles fait de sa fille Marguerite sa légataire universelle ce qui signifie que les femmes pouvaient tout autant transmettre les biens que les hommes, mais elles les transmettent à leurs fils et pas à leurs filles. Son mari Raymond a l’esprit d’entreprise, il lance de nouvelles catégories de papier, ses défis sont faisables et très lucratifs. D’après Rosenband p.49 la valeur des deux Vidalon passe de 6 000 livres en 1702 à 50 000 livres en 1761. Son fils Pierre rêve d’être prêtre, ses parents ne s’y opposent pas, mais il rencontre une fille, Anne Duret et l’épouse en 1727. La mère de Pierre meurt en 1736 et son père en 1743. Celui-ci a 16 enfants avec Anne et le dernier c’est justement Etienne-Jacques Montgolfier surnommé " Saint-Etienne ".
L’un de ses fils, Joseph, est très tumultueux, il s’échappe deux fois du Collège de Tournon, la deuxième fois il va à Saint-Etienne où il crée le bleu de Prusse. Il manque de sens pratique pour avoir des postes de confiance à la fabrique de son père.
Un autre, Etienne est très discipliné, il est envoyé au Collège Sainte-Barbe à Paris où il habite chez son oncle Jacques, grossiste, et il s’oriente vers les sciences exactes et l’architecture.
Leur père Pierre est décrit p.24 comme " sévère, juste et bon ", mais aussi comme quelqu’un qui " vit quotidiennement sa foi ", qu’il est " fidèl(e) aux ancêtres, à la tradition familiale et professionnelle ", qu’il est " très proche de ses ouvriers parce qu’il n’hésite pas à prendre part à leurs travaux " et parce qu’il " s’habille comme " eux, et que son " regard gris est tranchant comme de l’acier, et devant lequel nul n’oserait plaisanter ".

Dans le troisième chapitre intitulé " Joseph et Etienne ", après avoir fait des études supérieures auprès de l’architecte Soufflot, Etienne bātit l’église de Fāremoutiers-en-Brie près de Paris et la manufacture de papiers peints d’un ouvrier ayant réussi à devenir patron qui devient son ami, Jean-Baptiste Réveillon.
A la page 98 de " La fabrication du papier ", Rosenband raconte que Augustin possède une fabrique à Rives et son frère Joseph une à Voiron. Celui-ci intervient dans la fabrique de Rives pour rétablir le calme en chassant deux ouvriers agités pendant qu’Augustin est à Genève. Mais dans " Les riches heures des frères Montgolfier ", on nous dit que Joseph est l’associé de Augustin à Rives, quoiqu’il en soit Joseph s’enfuit pour poursuivre sa cousine qui est son amante à Annonay. Il demande à son père sa main mais celui-ci ne veut pas d’union consanguine dans la famille et déplace celle-ci chez une tante au Puy. Mais Joseph y tient et pendant deux ans il marche jusqu’au Puy pour l’épouser. Son père cède à ses caprices et en 1771 Joseph Montgolfier épouse Thérèse Filhol.
Etienne a devant lui une grande carrière d’architecte à Paris mais son père en décide autrement. A la mort de son fils aîné Raymond en 1772, il désigne Etienne, son fils cadet, comme son successeur légitime. Etienne a 27ans et doit résoudre de nombreux conflits avec la veuve de Raymond, et dans les heures où il ne travaille pas à l’usine, il va voir sa soeur Thérèse au couvent des Ursulines qui vient souvent avec une amie. Celle-ci est la fille d’un docteur et n’a pas vocation pour être soeur. Alors comme même l’amour n’est pas impossible dans leur famille, Etienne fait un procès avec l’aide de son frère le chanoine Alexandre-Charles Montgolfier et du père Pourret pour demander au pape Clément XIV de relever Adelaļde de ses voeux. Et ils se marient.
Joseph passe son temps à penser comment naviguer dans l’atmosphère? Un jour il raconte à son ami le docteur Duret que quand il pose la chemise de sa femme sur de la paille enflammée celle-ci se gonfle et qu’il est sûr que s’il avait une enveloppe plus vaste, celle-ci pourrait s’élever dans les airs. Alors pendant un de ses séjours laborieux en lecture à Avignon, cité papale où la censure n’intervient pas, il y fabrique en novembre 1782 un minuscule ballon en taffetas en s’inspirant d’une estampe sur le siège de Gibraltar. De retour à Vidalon, Joseph s’entraîne avec l’aide de son frère Etienne à faire monter des ballons en papier et en toile d’emballage de plus en plus gros, respectivement de 3, 9 et 35 pieds de diamètre, dans les airs sous l’effet de la chaleur et ils profitent pour faire des calculs sur ce que ces machines aérostatiques pourraient porter comme charge.
Le chanoine Alexandre-Charles Montgolfier est témoin de tous leurs essais et du premier ballon qui s’envole à Vidalon en public le 14 décembre 1782. Depuis Joseph et Etienne renouvellent leurs expériences chez des amis fortunés mais cela préoccupe leur père, Pierre, qui craint pour la réputation de sa famille.

D’après le quatrième chapitre intitulé " Annonay ", Joseph et Etienne veulent très vite faire officialiser leur découverte. Ils invitent le 4 juin 1783 l’Assemblée des Etats particuliers du Vivarais pour assister à l’ascension d’un ballon de 35 pieds de diamètre (12m) fait en toile doublée par du papier cousu et dont les pièces sont assemblées par des boutons. Le chanoine Alexandre-Charles Montgolfier et l’administrateur du Jardin du Roy, Monsieur Faujas de Saint-Fond prennent note de cette démonstration. Les Etats leur font parvenir sur demande leur premier constat officiel écrit qui dit que étant donné " l’essay de la machine aérostatique découverte par les frères Montgolfier (...) le Sindic a cru devoir proposer à l’assemblée d’insérer dans son procès-verbal le récit de cette expérience ". Joseph et Etienne en profitent pour envoyer une copie à l’Académie Royale des Sciences. Celle-ci les invite à leur refaire leur démonstration et ils reçoivent également une invitation du Roi car tout Paris en parle. Joseph est trop timide pour y aller mais Etienne est poussé par sa femme à y retourner. Pierre confie en l’absence d’Etienne l’usine à leur frère Jean-Pierre.
D’après le cinquième chapitre intitulé " Paris ", cela fait 10 ans qu’Etienne n’a pas vu Paris ni son oncle Jacques, mais il n’est pas le premier à conquérir le ciel de Paris car il n’a pas apporté son ballon avec lui et son rival monsieur Charles montre au peuple parisien à Chaillot le 27 août 1783 un ballon de soie vernie à la gomme de 12 pieds de diamètre et gonflé par de l’hydrogène. Cependant Etienne n’est pas désespéré, son ami Réveillon l’aide à réaliser un ballon de 35 pieds de diamètre (12m) fait en toile doublée par des feuilles de papier cousues et le fait décorer par ses meilleurs ouvriers pour qu’il le montre à l’Académie des Sciences.
Ils font un essai puis la Commission des ballons représentée par Lavoisier, Brisson, Cadet, l’abbé Bossut et l’inspecteur Desmarest qu’il connaît de Vidalon d’après Rosenband viennent s’asseoir dans les Jardins de Réveillon en le 12 septembre 1783. Mais l’expérience n’aboutit pas à cause de l’orage qui fait déchirer le ballon. Etienne et Réveillon doivent tout recommencer, cinq jours après ils gonflent un nouveau ballon avec de la paille enflammée, celui-là est bleu et fait 41 pieds de diamètre, l’Académie l’admire et 300 personnes forcent les portes du jardin de Réveillon pour venir le voir aussi. Le même ballon est replié et emmené par char au chāteau du Roi.

Jacques Etienne Montgolfier (1745-1799) et Joseph Michel Montgolfier (1740-1810), d’après Kruschandl Nelson, General history, MONTGOLFIER BROTHERS, 2007 [2008], http://www.solarnavigator.net/history/ montgolfier_brothers.htm

D’après le sixième chapitre intitulé "Versailles", Etienne se lève à 4h du matin pour aller à Versailles, il emmène avec lui un coq, un canard et un mouton dans une cage secrète pour les accrocher sous le ballon afin de surprendre encore plus les spectateurs. Le Maréchal Duras lui conseille d’écrire un bref mémoire sur l’évènement pour le Roi Louis XVI. A onze heures le Roi se lève et le convie dans sa chambre, il lui remet son mémoire. Une heure avant la démonstration, le physicien Pilātre de Rozier lui fait part de son souhait de prendre la place du mouton. A une heure, le 19 Septembre 1783, toute la cour du roi assiste à la levée de l’aérostate " Le Réveillon ". Ils voyent le coq, le mouton et le canard voyager dans les airs. L’académie des Sciences les suivent de leurs appareils et des cavaliers les suivent au galop jusqu’à la forêt de Vaucresson où on les retrouve sain et sauf accrochés à une branche. On donne cette bonne nouvelle au roi qui congratule Etienne. A son retour celui-là et son ami Réveillon achètent des chansons sur le globe et Etienne en envoi une à sa femme.
Chez Réveillon on fait de nouvelles expériences, le 12 octobre Pilātre de Rozier est le premier homme à naviguer dans l’atmosphère, puis le 14 octobre Etienne monte avec le Duc de Chartres et Monseigneur Dillon " en dépit des avis renouvelés de son père qui l’adjure "...de ne pas lui donner une continuation de chagrin, de ne pas entrer dans la machine " Et le 21 novembre le Marquis d’Arlandes s’élève avec Pilātre de Rozier à 3000pieds (960m). On officialise chaque évènement par un procès-verbal. Et on rend populaire les voyages en ballon par des sculptures, gravures, peintures, médailles, médaillons, ornements vestimentaires, motifs décoratifs, coiffures, etc.

D’après le septième chapitre intitulé " La gloire et sa rançon ",

[A finir]

V- La perception du changement de système technique dans l’usine

Les Montgolfier ont voulu comme tous les autres grands manufacturiers de l’époque copier la technique de l’échange des hollandais qui leur permettait d’avoir un papier plus soyeux et uniforme et toutes les machines et outils qu’ils possédaient comme le cylindre hollandais, machine plus économique et plus puissante que la pile à maillets, qui leur permettait d’avoir une pāte à papier de meilleure qualité avec moins d’eau et moins d’ouvriers.
Selon l’inspecteur des manufactures et l’académicien Nicolas Desmarest, les papetiers devaient néanmoins conserver l’usage des piles à maillet pour faire du papier d’impression et des cartes à jouer car le papier produit par le cylindre hollandais était certes fin, uniforme et resplendissant mais il se déchirait facilement lorsqu’on le pliait où lorsqu’on le soumettait au poids des caractères d’imprimerie. Ce n’est pas écrit mais je pense que les Montgolfier ont dû garder quelques piles à maillet car le but des cylindres hollandais était de conquérir de nouveaux marchés et de concurrencer les hollandais sur les produits les plus luxueux de la papeterie, donc d’avoir des produits diversifiés. Mais ils ont tout de même installé six cuves avec six cylindres tranchants.

Voyons maintenant la différence de perception du changement technique dans l’usine des Montgolfier qui consiste à remplacer l’usage de la pile à maillets par celui du cylindre hollandais comme machine à déchiqueter les chiffons afin de fabriquer du papier haut-de-gamme pour la correspondance et l’emballage, en ce qui concerne l’ouvrage La fabrication du papier dans la France des Lumières, Les Montgolfier et leurs ouvriers, 1761-1805 de Léonard N. Rosenband et le très petit résumé de thèse intitulé Les moulins à papier d’Annonay sous l’Ancien Régime: l’exemple de la papeterie Vidalon de Marie-Hélène Reynaud.

Tout d’abord Rosenband et Reynaud n’ont pas consulté les mêmes archives en ce qui concerne les concurrents des Montgolfier, les Johannot. Cela se voit au fait que selon M. H. Reynaud, après décembre 1781, donc après que selon Rosenband, les Montgolfier ont réussi à installer durablement les cylindres hollandais dans l’usine en laissant partir leurs ouvriers vétérans qui étaient tous grévistes et en ne gardant que les fils de vigneron et de paysans que ceux-ci avaient formés sans avoir pu leur transmettre leurs coutumes ce qui les avait rendu grincheux et avait provoqué la grève générale, les relations entre les Montgolfier et les Johannot qui sont les deux plus grand manufacturiers de papier d’Annonay, se sont fortement détériorées. En effet les Montgolfier et les Johannot avaient tous deux installés des cylindres hollandais à leurs frais dans leurs usines, mais seuls les Montgolfier avaient réussi à s’accaparer de la subvention offerte par les Etats du Languedoc et à s’attirer la bienveillance des informateurs techniques de l’Etat qui les ont aidés à recopier tout le procédé hollandais à condition qu’ils deviennent le porte parole de ces nouvelles technologies.
D’après Marie- Hélène Reynaud la conséquence du changement de statut social de l’usine des Montgolfier qui était devenue une entreprise modèle où selon Rosenband tous les entrepreneurs du royaume venaient prendre les mesures de la cuve du cylindre hollandais et les croquis de celui-ci, c’est que les Montgolfier sont devenus à la fois enviés et jaloux.
A Annonay il y avait quatre usines à papier, les Montgolfier et les Johannot étaient très liés car ils étaient les seuls à desservir d’importants marchés, et lorsque l’un ou l’autre avait besoin ils s’échangeaient, matériel, matière première, on ne le dit pas mais ils pouvaient aussi influencer le parcours des bons ouvriers et le verdict des grèves, et de plus ils s’unissaient toujours pour demander à l’Etat de réformer ses édits mal conçus afin d’être écoutés. Mais depuis que les Montgolfier sont devenus célèbres dans l’industrie papetière, Marie-Hélène Reynaud nous apprend que ils se sont mis à espionner la qualité du papier fait avec les cylindres hollandais de leurs confrères, en effet conjointement à ses démonstrations de Montgolfière qui vole à Paris, Etienne profite pour acheter des échantillons de papier de son voisin à Annonay, Matthieu Johannot, et les envoie par courrier à ses frères pour qu’ils les examinent et décident si la qualité du papier Johannot est meilleure que celle du papier Montgolfier et dans ce cas ils feront tout pour pourvoir de meilleurs produits. Et ils se sont mis à se critiquer, les Johannot montaient l’Association des ouvriers contre les jeunes ouvriers des Montgolfier et les Montgolfier accusaient les Johannot de vouloir attirer leurs compagnons récemment et soigneusement formés par des meilleurs salaires pour ne pas avoir à payer leur temps d’apprentissage et pour diminuer le nombre d’ouvriers compétents et calmes de leur entreprise.
Cependant Léonard N. Rosenband ne dresse pas de portrait de Montgolfier jaloux et possessif après la période du lock-out de Vidalon-le-Haut qui pour celui-ci ne va pas d’octobre à décembre 1781 mais de octobre à janvier 1782. Et la seule fois où il cite un conflit avec les Johannot, le nom des Johannot est remplacé par le groupe nominal " leurs confrères " qui peut désigner n’importe qui. Dans cette partie du récit p.113, il dit des confrères des Montgolfier entre parenthèse que " (ces fabricants semblaient persuadés que la main d’oeuvre importait plus que le nouveau régime mis en place par les Montgolfier) " donc il donne raison à Pierre et Jean-Pierre quand ils affirment que leurs confrères sous-entendu Matthieu Johannot, cherchaient à attirer les jeunes si soigneusement préparés parce qu’ils croyaient que la supériorité évidente de leurs papiers était dû au travail des jeunes récemment formés et non pas à la qualité des matières premières qu’ils achetaient combinée avec l’instauration d’un nouveau système social réglementé en faveur du patron. Rosenband semble croire que les jeunes formés par les Montgolfier sont inutiles aux entrepreneurs qui ne possèdent pas les cylindres hollandais. Or lui-même nous apprend que p.66 " En 1751, les Montgolfier et les Johannot firent venir de concert des ouvriers suisses pour monter des cylindres hollandais dans leurs fabriques d’Annonay. ", mais à cette période, antérieure à l’intervention des informateurs techniques de l’Etat qui date de 1780 pour la subvention et de 1778 pour la publication du premier mémoire de Desmarest, aucun des deux n’ont réussi à tirer satisfaction de l’usage des cylindres hollandais et sont retournés aux piles à maillet mais sans perdre espoir ni regretter leurs achats car ils continuent de vouloir faire du pro patria avec le procédé hollandais et d’admirer ces machines hyperproductrices. Donc leurs confrères possédaient le même système technique qu’eux et avaient besoin de s’en servir, et ce que les Montgolfier disent être une stratégie concurrentielle qui ne mène nulle part, une idée qui ne servirait qu’à faire ses apprentis disciplinés entrer en collision avec les modes des anciens ouvriers, et au moyen de laquelle dans une entreprise médiocre sans cylindres et avec les modes, on ne pourrait pas obtenir de miracles d’un personnel très qualifié, par la citation p.113 " " Il ne m’est pas possible - disait l’un des Montgolfier - de vous prêter de mes ouvriers pour les assujettir à une vexation de la part des autres ouvriers . " " est ce que Marie Hélène Reynaud appelle une réponse courtoise, " empreinte(s) d’une sollicitude qui était tout de même à la limite de l’ironie " (p.41). Donc les Montgolfier ouvrent leurs portes à tous mais ne sont pas très contents de devoir le faire et cela Marie-Hélène Reynaud l’a remarqué mais pas Léonard N. Rosenband.
Cette différence de point de vue sur la concurrence est dû au fait que Marie Hélène Reynaud a consulté directement les archives de la fabrique des Johannot aux Archives Départementales de l’Ardèche, alors que Léonard N. Rosenband a consulté pour mentionner leurs confrères, des archives qui parlent de façon générale des papeteries situées sur le cours de la Deûme, celles de l’Hérault. Il a également consulté au sujet de ceux-ci la thèse de Pierre Claude Reynard qu’il loue pour son aboutissement " La papeterie ambertoise au XVIIIème siècle: une prospérité fragile et stérile ", et les mémoires de Nicolas Desmarest qui sont d’après lui publiés dans le tome 5 de l’Encyclopédie méthodique et qui fournissent d’excellents renseignements techniques.
Mais l’histoire racontée est à peu près la même car M.-H. Reynaud tout comme L. N. Rosenband se sont concentrés sur les " ARCHIVES DES ANCIENNES MANUFACTURES CANSON & MONTGOLFIER A VIDALON ". qui d’après M.H. Reynaud étaient privées en 1980 et d’après L. N. Rosenband ont été depuis microfilmées et étaient en 2005 disponibles aux Archives Nationales de Paris mais n’y sont plus.

Ensuite, pour M.-H. Reynaud, ce qui distingue les Montgolfier des autres papetiers est ce qu’ils ont accompli en dehors de leur travail, alors que ce qui les distingue des autres pour L. N. Rosenband est ce qu’ils ont accompli à l’intérieur de leur travail.
Premièrement, en ce qui concerne leur supériorité intellectuelle, elle provient de leur passion pour les études supérieures selon M.-H. Reynaud et vraiment si on regarde leur biographie, Etienne et Joseph avaient une vocation scientifique d’architecte et Joseph a gagné sa place dans l’Académie des Sciences grāce à ses nombreuses inventions. Pierre, Thérèse et Alexandre-Charles avaient une vocation religieuse. Le premier aurait voulu être prêtre, la deuxième est devenue soeur et le troisième chanoine. On apprend par ailleurs dans son résumé que les filles de Raymond et de Pierre sont des soeurs qui dirigent le couvent des Ursulines de Boulieu où elles ont été élevées et qui font leurs achats aux frais de la papeterie.
Cette même supériorité intellectuelle provient de leur passion pour le métier de papetier selon L. N. Rosenband qui les présente presque comme les seuls patrons à être les maîtres de leur savoir-faire p.46 " Ils se considéraient au-dessus des simples " spéculateurs " ayant une connaissance insuffisante de leur art et peu d’intérêt pour lui, dont les dépenses initiales avaient dévoré les profits et dont les moulins restaient à l’arrêt ". Non seulement les Montgolfier s’intéressent à ce qui se passe dans leur usine, mais aussi ils comprennent l’art de faire du papier car ils réalisent plusieurs expériences dans leurs ateliers afin d’améliorer la qualité de leur papier pour toujours concurrencer de meilleurs marchés. On peut citer par exemple p.66 leur tentative ratée d’installer en 1751 des cylindres hollandais et p.80 l’ " expérience réussie avec des colorants à papier " qui toutes deux ont été réalisées malgré le fait que les compagnons n’aiment pas être éclairés quand ils sortent de leur routine et qui toutes deux ont été source de renouveau dans le savoir-faire. Et de plus ils se croient posséder un savoir plus légitime que leurs ouvriers car d’après leur légende familiale, il a fallu attendre qu’un ancêtre des Montgolfier du XIIème siècle parte en voyage très loin de son pays natal puis revienne avec ce savoir-faire dans sa mémoire pour que sa famille et leurs ouvriers puissent apprendre les étapes de la fabrication du papier au moyen des piles à maillet et les transmette à leurs descendants.
On remarquera pourtant que Reynaud ne remet pas en question le fait que les Montgolfier soient tout autant maîtres dans leur art que maîtres dans les airs, car elle nous donne clairement une information qui nous est fournie de façon opaque par Rosenband, elle dit p.43 que " Lorsque les ouvriers désertèrent le moulin en décembre 1781, ce furent les membres de la famille des Montgolfier qui réussirent à maintenir cinq cuves en activité ". Alors que Rosenband dit p.102 " Le 22 janvier 1782, les Montgolfier crièrent victoire. Aidés de cinq ouvriers vétérans qui étaient revenus l’un après l’autre au moulin, ainsi que par une vingtaine de novices environ, ils avaient six cuves en activité. " Elle argumente que à côté de la riche vie intellectuelle des Montgolfier, il y avait leur souci permanent d’innovation technique qui requiert que leur famille ne se considère pas comme un rang social privilégié mais mette la main à la pāte.
Deuxièmement, si on continue de parler de ce qui distingue les Montgolfier des autres papetiers, Marie- Hélène Reynaud cite après leur supériorité intellectuelle, leurs inventions et leurs entrées à Versailles. Il s’agit sans doute pour elle de l’aérostate " Le Réveillon " qu’Etienne a présenté au Roi Louis XVI le 19 Septembre 1783 et qui lui les inventions que les Montgolfier ont fait dans le domaine de la papeterie. Pour L. N. Rosenband si leurs inventions dans les domaines de la papeterie ont été connues du Roi c’est parce que en ava de celles-ci il y a une grande persévérance de la part des Montgolfier pour créer des produits innovants qui accompagnent une nouvelle conception de la société du compagnonnage. Pour cela ils se sont tout d’abord appropriés du mode de fonctionnement des ateliers des concurrents à la mode, les hollandais, tant au niveau des outils, des habitudes, des machines et de la gestion du personnel, puis ont changé leur personnel pour pouvoir intervertir radicalement la conception de la transmission du savoir-faire au moyen de nouveaux règlements intérieurs, puis ont remplacé les parties de leurs outils qui pouvaient améliorer certaines qualités de leurs anciens produits qui se transforment en nouveaux produits, comme échanger les fils en laiton du grillage de la forme contre des fils en cuivre pour produire le papier vélin, une invention qui leur valu l’anoblissement de Pierre en 1783 et le titre de Manufacture Royale en 1784.
Troisièmement et finalement, d’après M.H. Reynaud, les Montgolfier ont conscience de ce qui pourrait faire le bien général du pays car toutes les fois où ils ont critiqué les réformes que l’Etat français proposait dans leurs édits c’est parce que celles-ci constituaient une entrave à l’innovation et au progrès industriel de la papeterie dans le pays. Et d’après L.N. Rosenband les Montgolfier ont conscience de ce qui pourrait faire le bien général des moulins à papier. Pouvoir copier le procédé hollandais pour fournir à leurs clients une réplique du pro patria et abolir l’influence de l’association des compagnons papetiers sur les décisions des maîtres papetiers en ce qui concerne l’innovation technique et les règles à observer dans l’usine.

Marie-Hélène Reynaud et léonard N. Rosenband sont d’accord sur le fait que le but des cylindres hollandais est de conquérir le marché très lucratif des somptueux papiers à lettre luisants, des magnifiques papiers d’emballage et des splendides papiers à dessin au grain uniforme et soyeux détenu par les hollandais et sur le fait que les barrières douanières sont un obstacle à la diminution du prix de vente du papier car pour en vendre à Valence ou à Lyon il faut payer une somme équivalente à 1/14ème du prix du produit. Mais Marie-Hélène Reynaud met l’accent sur les requêtes de Pierre et donc sur le fait que l’Etat était responsable de la hausse des prix alors que Rosenband dit clairement que p.62 " les difficultés de l’industrie papetière française au XVIIIème ne peuvent pas être attribuées à l’état ", l’état n’est pas responsable de ses taxes ni de l’inflation du prix de la peille mais est uniquement responsable d’émettre des édits qui entravent la modernisation de la production et le progrès technique. Ce n’est qu’en 1763 que l’état a supprimé l’interdiction d’utiliser des piles hollandaises et a décider d’accélérer leur introduction en finançant divers projets d’entreprise-phare et en diffusant les mémoires de Desmarest. Quant aux décrets qui fixent le format et le poids de chaque rame de papier, les autorités provençales qui sont plus proches des papetiers que l’Etat, permettent à ceux-ci de produire ce que les clients demandent et non pas ce que l’Etat demande jusqu’à ce que l’Etat autorise les piles hollandaises et récompense la découverte du papier vélin par les Montgolfier. Donc l’Etat est vu par Rosenband comme un allier des maîtres-papetiers qui n’a pas toujours raison mais qui sait reconnaître ses erreurs et changer sa législation en leur faveur.

On sait que les anciennes techniques étaient apprises par l’apprenti au même temps qu les modes qui permettent aux compagnons de se souder en associations où tout le monde est solidaire et ainsi d’imposer à leur patron leur vision du bon fonctionnement du moulin. Cette vision exprime les droits et les responsabilités sociales de chacun, y compris des maîtres, du point de vue de l’ouvrier qui, nomade pour contrarier les patrons, ne veut pas se rabaisser pour demander du travail au maître, ni avoir du mal à s’intégrer au groupe, ni être exploité par le maître et était imposée avant fin 1781 aux patrons comme une " épée de Damoclès ". Cette expression utilisée par Marie-Hélène Reynaud p.39 désigne selon le Dictionnaire d’expressions et locutions, Paris, Le Robert, 2003, p.366 " un péril imminent et constant " et fait référence à une anecdote racontée par Cicéron: Le tyran de Syracuse, Denys l’Ancien, a fait subir par plaisanterie à son courtisan, Damoclès, un péril imminent et constant. Celui-ci l’a invité à un magnifique festin où il a été traité comme un prince, sauf que pendant tout le repas, il y avait au- dessus de sa tête, une épée à la lame tranchante attachée au toit par un mince crin de cheval. Ce péril c’est la désertion du moulin par les ouvriers. Car à chaque fois qu’un ouvrier n’était pas d’accord avec les manières du patron, c’était tout le moulin qui se mettait en grève par solidarité. Et si leur patron n’allait pas chercher les grévistes à la taverne pour s’excuser et les dédommager, le lin restait à fermenter dans le pourrissoir jusqu’à se gāter. Or cette matière première malodorante (il s’agit de linge sale déchiqueté) vaut 3 fois le salaire d’un ouvrier, donc un moulin arrêté faisait perdre au patron beaucoup d’argent et un moulin condamné lui faisait perdre encore plus car les ouvriers réclamaient pour rouvrir le moulin des indemnités de chômage pour les mois où il les a obligés à faire grève.
Et l’introduction du cylindre hollandais a été réfléchie et préparée comme une occasion unique pour que les papetiers courageux comme Pierre Montgolfier laissent l’épée de Damoclès tomber sur leur têtes tout en attribuant à la nouvelle machine les fonctions de diminuer les dommages causés par les grèves car l’étape du pourrissoir devenait obsolète, mais aussi de proposer à ceux qui apprirent à se servir de ces nouvelles machines d’apprendre une nouvelle forme de sociabilité conçue par le maître où les anciens devaient jurer de se plier aux règlements de l’entreprise et d’avoir abandonné l’association pour de bon et les nouveaux ne devaient pas avoir d’ouvrier papetier dans leur famille ni partager leur chambre et leur repas avec les anciens afin qu’ils ne comprennent pas l’avantage des modes, et enfin de diminuer le nombre d’ouvriers autour des cuves donc le nombre de problèmes. Mais ce nouveau système social comporte beaucoup de vicissitudes pour les ouvriers qui d’après Marie Hélène Reynaud et Léonard N. Rosenband sont devenus les serviteurs de machines qui remplaceront de plus en plus et de mieux en mieux leur savoir-faire et supprimeront toutes leurs traditions.

Finalement en ce qui concerne leur conception du changement de règlementation dans l’usine, ce ne sont pas les mêmes règles qui attirent leur attention, d’où pour M.-H. Reynaud il y a p.40 un " changement total de l’organisation interne " alors que pour L.N. Rosenband p.110 " Le nouveau régime des Montgolfier maintient la division traditionnelle du travail et sa nomenclature ". En effet ce qui change pour M.-H. Reynaud c’est l’āge d’embauche qui devient plus élevé, cela suggère peut- être que avant ils avaient moins de 15ans, mais on n’a pas la répartition par āge des ouvriers avant 1781 car les annexes de Rosenband ne sont pas complets, il manque pour la plupart des tableaux la période qui précédé le lock out, si vraiment il y a eu un changement dans les techniques et les moeurs, et les graphiques qui vont avec ses tableaux peu clairs. Et le concept d’apprentissage car depuis ce sont les règles de la maison et non plus celles des compagnons que l’on apprend aux jeunes et ceux-ci reçoivent un salaire progressif au lieu de payer un droit d’apprentissage aux vétérans.
Et ce qui demeure inchangé pour L.N. Rosenband ce sont les devoirs des maîtres envers les compagnons que les modes leur avaient appris à respecter. Les ouvriers continuent à être nourris et à se voir offrir un repas spécial les jours des fêtes chrétiennes avec les mets qu’ils avaient institué dans le précédent régime social bien que le prix des repas soit maintenant déduit de leur salaire et qu’on leur propose la possibilité de changer les repas du dimanche, des congés et des jours de fête contre une indemnisation. De plus le système de salaire reste le même, on compte toujours le temps de travail en fonction du travail à la pièce.
En conclusion, il y a quelques différences notables visibles si on compare l’ouvrage de Rosenband au petit résumé de thèse de Reynaud, à part la grosse différence de point de vue sur les responsabilités de l’Etat vis à vis des papetiers, les divergences de point de vues sont soit dues aux divergences de source soit dues aux divergences d’aspects privilégiés.

RESUME

Première partie - Une industrie traditionnelle
Chapitre I- L’industrie française au XVIIIème siècle

L’industrie française au XVIIIème siècle est caractérisée par une mécanisation limitée et la transmission d’un savoir-faire artisanal de père en fils. Comme les ouvriers possèdent pour eux seuls la connaissance du métier, ils ne sont ni dociles ni malléables à l’égard de leurs patrons et peuvent arrêter de travailler à tout moment ou changer d’employeur à tout moment. Cela inquiète les maîtres qui profitent de l’innovation technique pour employer des hommes extérieurs au métier, considérés par les ouvriers qualifiés comme de la main-d’oeuvre illégale, afin d’arracher aux compagnons la maîtrise de leur art et le contrôle de leur métier.
Ce livre s’intéresse à l’histoire de la papeterie de Vidalon-le-Haut du temps des Montgolfier qui en sont les dirigeants. On se placera du point de vue de ce qui se passe à l’atelier, comment les Montgolfier ont copié la technologie des papetiers hollandais en introduisant le cylindre hollandais pour obtenir des fibres de meilleure qualité, et les tensions et les compromis entre les maîtres et les ouvriers lorsqu’ils ont essayé d’instaurer un nouvel ordre social à Vidalon-le-Haut afin d’avoir une production de papier plus régulière et plus contrôlée.

Chapitre II- La fabrication du papier

Les compagnons papetiers ont chacun une qualification précise, s’occupent tous d’un art mécanique différent au sein de la papeterie. Et chaque corps de métier porte un nom différent et utilise une terminologie qui lui est propre pour désigner les opérations manuelles successives, méticuleuses, réfléchies et répétitives qu’ils doivent réaliser pour obtenir une feuille de papier qui ait le moins de défauts possibles et si possible qui ne soit pas un déchet car les déchets coûtent cher même si en les traitant comme du papier de qualité supérieur, on peut toujours le vendre avec le papier de bonne qualité en le cachant dans les rames empaquetées ou on peut s’en servir après pour emballer les rames ou faire du papier de brouillon, ou on peut faire retourner le reste au pourrissoir pour en faire du papier carton ou des cartes à jouer.
L’organisation du travail dans cet art se fait de la façon suivante: tout d’abord les vieux tissus en lin qu’on appelle chiffons arrivent par charrette chez les trieuses. Celles-ci lui enlèvent les coutures et les tāches et placent les lambeaux dans différentes cases en fonction de leur finesse et leur couleur. Puis les lambeaux partent au pourrissoir où ils fermentent jusqu’à devenir brûlants. Ensuite ils passent sous les piles à maillets où les maillets coupants mus par la force centrifuge de l’arbre à cames du moulin les triturent jusqu’à obtenir une pāte filamenteuse. Toutes ces étapes sont surveillées par les gouverneurs qui veillent à la propreté des machines et des eaux et décident quand la pāte est prête à être délayée. La pāte passe alors à l’ouvreur qui la délaye avec une certaine quantité d’eau puis plonge une forme avec sa couverte dans la cuve afin de mouler une feuille à papier. Et quand les filaments commencent à se lier, il retire la couverte de sa forme et la passe au coucheur. Le coucheur pose la feuille sur un feutre et rend la forme vide à l’ouvreur, puis pose un autre feutre sur la feuille, puis une nouvelle feuille sur le feutre. L’empilement d’une centaine de feuilles et de feutres déposés alternativement s’appelle une porse. La porse passe ensuite dix fois à la presse. Puis le papier est confié au leveur qui pince le bon coin de la feuille pour la lever et la détacher du feutre. Puis des femmes mettent à sécher le papier sur des cordes à l’étendoir. Enfin elles les passent au saleran qui plonge huit mains de petit papier (environ 220 feuilles) d’un seul coup dans son chaudron plein de colle. Cette colle est composée de rognures de peau, de sabots, de tripes et d’alun, elle est préparée au moins un jour à l’avance par le saleran et elle rend le papier imperméable à l’encre. Ensuite les feuilles sont séparées par les colleuses qui sont très adroites et sont de nouveau mises à sécher pendant deux ou trois jours. Après qu’elles eussent été pressées plusieurs fois, elles étaient examinées par les femmes, puis assemblées en rames de vingt mains (500 feuilles) par le compteur, puis empaquetées par le magasinier et pour finir elles étaient expédiées par un charretier digne de confiance.

Chapitre III- Les Montgolfier et le métier de papetier

Au XVIIIème siècle, les éditeurs, les lecteurs, les autres clients et les fabricants eux-mêmes sont très observateurs quand au poids et à la blancheur des rames parce que dans une rame de papier presque tous les fabricants mettent 40% de bon papier, 40% de papier de qualité inférieure et 20% de papier défectueux et ils n’ont même pas les moyens de rivaliser avec la teinte azure du papier pro patria venu d’Hollande que tous convoitent.
Avec 76% de bon papier dans une rame, les Montgolfier se situent bien au-dessus des petits papetiers et peuvent satisfaire des clients exigeants comme les artistes, les architectes, les typographes et les graveurs. Leur réussite technique est la conséquence de leur situation géographique et économique, la Deûme leur fournit une eau non polluée à débit régulier et l’accès aux marchés de Lyon et Paris, et de leur souci de diffuser les progrès de la science appliquée auprès des ouvriers alors que dans les autres entreprises, ce sont les ouvriers qui détiennent le savoir-faire et le transmettent de génération en génération.
Cette confiance en l’innovation vient de la transmission de leur légende familiale, on raconte que c’est la famille Montgolfier qui a introduit l’art de fabriquer le papier en Bavière lorsque Jean de Montgolfier rentre de la deuxième croisade (1147-1148). Celui-ci a apprit cet art pendant qu’il fut fait prisonnier dans une ville de la Syrie célèbre pour la fabrication de papier à partir de coton, Damas. Cinq siècles plus tard, ses descendants, Michel et Raymond Montgolfier épousent les filles du propriétaire de Vidalon-le-Haut et de Vidalon-le-Bas et Raymond hérite de ces deux fabriques. Raymond Montgolfier a l’esprit commercial et parvient à multiplier le capital de l’entreprise par 8 entre 1702 et 1761. En 1743, le fils aîné de Raymond, Pierre hérite de Vidalon-le-Haut. Ce travailleur catholique et matinal s’associa avec son fils aîné Raymond en 1761 pour diriger Vidalon-le-Haut mais celui-ci meurt avant lui alors Pierre désigne à la fin de sa vie son fils cadet Etienne comme successeur en lui cédant pour son mariage sa fabrique.
Etienne a seize frères et soeurs, plusieurs ont un poste de responsabilité bien défini à la fabrique ce qui permet à l’entreprise de Pierre de bien fonctionner car sous l’Ancien Régime on n’est pas habitué à avoir des gérants extérieurs à la famille à cause du risque pour la succession. Etienne s’occupe de la correspondance, des procédés de fabrication et du choix des papiers à produire. En 1745, il fait des études d’architecture à Paris avec J.G. Soufflot et il est proche des intellectuels bourgeois comme Condorcet, Franklin, Lavoisier, Malesherbes et Boissy d’Anglas, et on l’admet à l’Académie des Sciences en 1796. Avec son frère Joseph, il invente en 1783 le ballon à air chaud qu’on appelle Montgolfier et qui s’envole devant le roi avec un mouton, un coq et un canard, et en 1792 le bélier hydraulique qui servant à élever l’eau doit sûrement être très utile pour apporter de l’eau à la papeterie. Son frère rentre à l’Académie des sciences en 1807 puis devient l’un des trois directeurs au Conservatoire des Arts et Métiers.

Chapitre IV- Chiffons, règlements et encouragement officiel

Les premiers moulins que l’on adapte à la fabrication du papier apparaissent en France vers le XIVème siècle et fleurissent dans la vallée du Rhône notamment grāce à l’axe d’échanges qui va de Troyes au Sud de la France en passant par Beaujeu. Très vite la quantité de papier produit arrive à satisfaire les besoins de tous le pays mais l’essor de la papeterie chute et régresse au XVIIème siècle pour des raisons multiples. Premièrement parce que le marché français ne satisfait pas tous les clients. Les papiers produits selon les techniques traditionnelles conviennent au papier d’impression, d’emballage et de cartes à jouer mais ce qui intéresse les artistes, ceux qui veulent écrire des lettres élégantes, et tous ceux qui veulent un papier fin, soyeux et uniforme c’est le papier pro patria hollandais qui pourtant ne sert pas à l’impression car il est facilement percé par les caractères d’imprimerie. Et ce sont les hollandais qui font fortune au niveau international et haut de gamme et dont les techniques sont convoitées par les grands industriels comme les Montgolfier.
Deuxièmement parce que le prix de la peille, c’est à dire du lin mis au rebut et malodorant ne cesse d’augmenter et coûte plus cher que le salaire et la nourriture des ouvriers. De plus le lin extra-fin sale mais de haute qualité augmente de 3,33% chaque année entre 1773 et 1788. Ces vêtements pourris étant la matière première qui sert à fabriquer des rames de papier d’un blanc immaculé. L’auteur ne précise pas mais à l’époque on utilise également des chiffons en chanvre et en coton pour fabriquer le papier.
Troisièmement parce que les compagnons papetiers ont comme habitude d’être nomades, ils font le "tour de France" des moulins, d’être solidaires, ils font des grèves générales jusqu’à obtenir satisfaction, et d’être festifs, ils ne travaillent pas les jours fériés et font payer des droits de passage aux nouveaux venus pour célébrer leur arrivée. Donc les patrons sont assujettis aux coutumes et aux lois des ouvriers.
Et pour remédier à tous ces problèmes, Versailles publie entre 1688 et 1741 un grand nombre d’édits royaux mais la plupart ne trouvent pas écho dans la société des compagnons papetiers. Soit parce que ils ne remédient pas la situation. Par exemple interdire l’exportation de lin usagé n’a pas empêché l’inflation du prix de la peille. Soit parce que ils ne peuvent pas être appliqués car ils vont en contresens avec les coutumes des ouvriers qui détiennent le savoir -faire et le destin de l’usine. Par exemple poursuivre un ouvrier en justice quand il quitte la fabrique sans convenir ne fonctionne pas car la pratique est dans les moeurs depuis des siècles. Soit parce que ils sont inconcevables car ils empêchent les papetiers d’être flexibles aux demandes du marché. Par exemple fixer des normes étatiques quand au poids et à la dimension des papiers ce n’est même pas envisageable quand on dépend de commandes précises faites par les acheteurs. Soit parce que ils sont irrecevables car en empêchant le progrès technique ils empêcheraient la production de s’adapter aux modes fluctuantes du marché. Par exemple la mise hors la loi des piles hollandaises n’est pas compatible avec le souhait des manufacturiers de fabriquer eux-mêmes le pro patria hollandais ni avec celui des clients de acheter celui-ci, du coup le gouvernement a décidé d’inverser la loi et de donner aux papetiers les moyens intellectuels et économiques pour copier les piles hollandaises et le savoir-faire hollandais.
Nicolas Desmarest travaille comme inspecteur au Bureau du commerce qui existe depuis 1722, étant également géologue, il est élu par les manufacturiers du limousin pour s’assurer que les teinturiers, les tanneurs, les producteurs de laine et les papetiers suivent les règlementations de l’Etat et tout comme les papetiers il critique sévèrement le caractère conservateur des édits royaux, s’y oppose et fait pression sur le Bureau du commerce pour qu’on l’envoi dans la région de Zaan en Hollande. L’Etat accepte le dialogue avec les papetiers, notamment avec ceux qui veulent conquérir le commerce international comme les Montgolfiers, les Johannot et les Réveillons et envoi Desmarest faire son voyage en 1768.
Les visites de Nicolas Desmarest sont une pratique courante dans la papeterie. Certains pays comme l’Angleterre ont essayé en vain d’interdire l’exportation de matériel de papeterie pour éviter la contrefaçon, mais les machines sont à cette époque relativement simples à copier. Et ce qui intéresse les informateurs qui y vont avec l’appui de l’Etat et de l’Académie des Sciences c’est de transférer le savoir-faire d’un pays à l’autre.
On connaît les piles hollandaises depuis 1734 et 1736, date es premières descriptions des machines à Amsterdam. Les Montgolfier et les Johannot avaient déjà essayé de les faire marcher dans leurs entreprises en employant des ouvriers suisses, mais cela n’a pas donné de bons résultats car ils ne savent pas s’en servir, ils ne savent pas les réparer, et ils ne connaissent pas la routine des hollandais qui vient avec l’utilisation de leurs machines. Alors la plupart des fabriques pensent que la matière première des hollandais est de meilleure qualité et que les ouvriers travaillent plus lentement que chez eux. Ce qui n’est pas du tout vrai car c’est l’organisation du travail qui est différente en hollande.
Dans son premier mémoire intitulé: " Premier mémoire sur les principales manipulations qui sont en usage dans les papeteries de Hollande, avec l’explication physique des résultats de ces manipulations ", Mémoires de l’Académie royale des Sciences de Paris, Paris, Imprimerie Royale, 1774, p.335-364, Desmarest rapporte que la technique de séchage du papier va de pair avec l’utilisation du cylindre hollandais. Il raconte que les hollandais maintiennent les feuilles de papier humides au lieu d’accélérer l’évaporation de l’eau et qu’ils remuent les piles de papier entre chaque presse au lieu d’aplanir le papier avec un marteau à bascule et de le polir avec une pierre lisse après l’étape du pressoir. Cela leur permet d’obtenir le grain lisse et uniforme que les grands papetiers veulent imiter.
Mais comme les français se servent toujours aussi mal des piles hollandaises au point d’y mettre du lin fermenté parce que ils ont un point de vue global sur la fabrication du papier qui n’est pas le même que en Hollande, ils ne se croient pas capables de produire une contrefaçon plausible du pro-patria hollandais, au point où ce qui leur faudrait ce n’est pas la description détaillée des méthodes hollandaises mais observer de l’extérieur tout le modèle de fabrication du papier pour savoir comment ils font. Et l’Etat veut aider les papetiers français à avoir une production diversifiée et fait voyager l’inspecteur Nicolas Desmarest et le Dessinateur industriel Guillaume Ecrevisse au Pays-Bas en 1777 pour qu’ils puissent mieux étudier le travail chez les hollandais afin de diffuser en France leur Science appliquée dans le domaine de la papeterie et ce pour les patrons qui veulent un changement dans leur usine.
A son retour, Desmarest publie en 1778 son " second mémoire sur la papeterie " dans les Mémoires de l’Académie royale des Sciences de Paris, à Paris, grāce à l’Imprimerie Royale, et aux pages 599 à 687. Et parallèlement il s’associe avec Etienne Montgolfier pour préparer son projet d’entreprise-phare. Dans son mémoire on apprend que les hollandais ont inventé le cylindre hollandais, une cuve qui fait tourner un cylindre muni de couteaux sur un fond muni de contre-lames tangentielles parce que ils n’avaient pas la force de l’eau pour déchiqueter et affiner le chiffon grāce aux clous coupants des piles à maillet et la force du vent est moins forte donc doit être mieux utilisée. Les cylindres hollandais ont l’avantage de consommer moins d’énergie que les piles à maillet, d’aller 3 fois plus vite, d’occuper moins d’espace bien que je me doute que à l’époque l’espace soit un problème car la plupart des moulins sont isolés sur le cours d’une rivière, et d’utiliser du lin non fermenté. Or faire fermenter le chiffon c’est délicat quand les ouvriers ont des revendications.
Les deux mémoires de Desmarest sont imprimés aux frais du roi et envoyés aux intendants des provinces françaises afin que la réforme de l’industrie se fasse par l’instruction et non par la pression. Et comme Desmarest ne laisse pas le progrès scientifique être diffusé lentement il demande aux Etats du Languedoc une subvention pour transformer Vidalon-le-Haut en une entreprise-pilote qui ouvre ses portes aux manufacturiers de tout le royaume pour qu’ils puissent prendre le temps et les mesures pour observer et copier toutes les procédures de fabrication des papiers hollandais permettant de réaliser chaque sorte de papier qui a eu du succès en France. Il subventionne aussi d’autres fabriques-pilotes comme les papeteries Darblay à Essonne qui n’existent plus. Et c’est Ecrevisse qui supervise la construction des piles et la formation des ouvriers.
Pour remercier leur initiative, le Roi anobli Pierre Montgolfier en 1783, et pour confirmer la valeur d’un nouveau papier qu’ils ont introduit en France, le papier vélin, fait grāce à un tamis de cuivre fin entrelacé, l’Etat autorise l’année d’après la fabrique à devenir manufacture royale et à arborer les insignes du roi.

Deuxième partie - Les " modes " ouvrières et le lock-out de 1781
Chapitre V - La construction des cylindres et la coutume des compagnons

Le point de vue de Rosenband dans ce chapitre consacré aux coutumes des ouvriers est loin d’être neutre, après son introduction, il commence par préciser que son point de vue c’est le point de vue des maîtres de fabrique en les citant pour parler des modes: p.83 " une routine abusive qui tend[ait] à la ruine du commerce." et le point de vue de Pierre Montgolfier p.82 " Rien de plus révoltant que le tyrannique empire (emprise?) que l’ouvrier exerce envers son maître. " or l’histoire devrait être neutre dans le sens où l’opinion de l’auteur doit être bien distincte de l’opinion des maîtres et de l’opinion des ouvriers afin que chacun puisse juger l’histoire à sa façon.
Les rituels des ouvriers en ce qui concerne leur conception de comment l’argent doit circuler dans la société de la papeterie sont justifiés par le fait que à 42ans ils ne sont plus assez adroits pour fabriquer du papier sans trop le gāter, que les ouvriers sont tous des nomades et donc la communauté ne veut pas s’humilier à demander du travail au maître et à s’intégrer dans l’équipe de cuve en tant que " étrangers ", que le travail qu’on leur demande ne nécessite pas la fabrication d’un chef d’oeuvre mais une intégration rapide dans un groupe où chacun a une tāche bien distincte, que les générations ont envie d’être soudées pour que le savoir-faire soit le même chez les ouvriers de tout āge. Et donc tous ceux qui s’opposent à leur cohésion sociale qui est légitimée par la façon dont ils conçoivent la paye et la circulation de l’argent sont bannis mais peuvent se racheter si ils acceptent de concevoir l’argent comme eux.
Les Maîtres n’ont pas du tout l’impression d’appartenir à la même communauté que les ouvriers car quand ils essayent d’introduire de la nouveauté dans la fabrique, quand ils essayent d’engager un apprenti qui n’est pas fils d’ouvrier papetier ou un apprenti qui ne soutient pas les règles de la famille des ouvriers papetiers, ou quand ils essayent d’abolir l’un des rituels relatifs aux devoirs du patron institués par ceux-là, ce sont tous les ouvriers de la fabrique qui abandonnent leur poste au même temps et qui laissent la fabrique à la dérive jusqu’à obtenir satisfaction, jusqu’à ce que leur maître leur donne un dédommagement financier pour leur montrer qu’il soutient leurs modes alors que dans leur esprit les patrons sont révoltés car ils ne comprennent pas la signification de leur geste.
Finalement l’Etat ne peut rien contre les coutumes des ouvriers, il essaye en vain de donner du pouvoir au maître par les édits royaux en leur laissant par exemple le droit d’engager qui ils veulent ou en punissant leur insoumission mais on dit que les édits ne sont pas appliqués car les maîtres ne veulent pas voir les ouvriers qualifiés en prison, car les ouvriers sont trop liés par des associations locales, régionales et peut-être même nationales et parviennent trop rapidement à faire circuler des informations sous forme de lettres entre fabriques voisines, et parce que l’Etat pense qu’il craint que les rébellions locales n’aillent s’étendre à l’échelle d’un bassin entier, mais je pense qu’il devrait y avoir une trop grande incompatibilité entre les édits et les procédés de fabrication du papier qui sont intimement liés aux modes des ouvriers si ce n’est que parce que leur apprentissage se fait de génération en génération à l’intérieur de familles exclusivement papetières qui de plus sont nomades, et donc je pense que la subtilité de leur statut social, leur instabilité géographique et leur conception particulière de l’argent sont tellement liées que si l’Etat parvenait à ses fins ce serait le cycle de production qui serait arrêté et ruiné et il a fallu attendre que des machines remplacent les ouvriers pour que leurs coutumes deviennent anachroniques, déplacées.
Pour les compagnons papetiers c’est l’argent qui leur permet d’acheter leur convivialité. Tous les rapports sociaux s’achètent au moyen d’amendes obligatoires. Et l’argent n’est pas donné à un seul ouvrier mais doit être partagé par toute l’équipe papetière à la taverne sous forme de tournées de boissons et de repas festifs. L’ouvrier qui paye l’amende y est invité mais je ne crois pas que le maître participe à leurs banquets de fortune. Les indemnisations pour le groupe sont les suivantes, il y a:
Le droit de passade que le maître doit payer à l’ouvrier itinérant qui cherche du travail même si celui-ci n’est pas embauché qui lui coûte 5centimes et que de même chacun des ouvriers qu’il rencontre doivent indépendamment lui payer à la hauteur de 10centimes et qui lui permet de continuer sa route jusqu’à trouver du travail. Le droit de bienvenue que le nouvel arrivant doit payer au moulin qui l’accueille, le droit d’apprentissage que l’apprenti doit payer au vétéran pour apprendre les ficelles du métier, le droit de changement que l’ouvrier doit célébrer avec les autres lorsqu’il change de poste, le droit de gueulage que l’ouvrier qui s’enivre jusqu’à vomir doit payer à tous les autres, le droit de s’asseoir à table, que l’apprenti qui a fini son apprentissage doit payer à tous pour avoir l’honneur de s’asseoir à la table du maître avec les autres ouvriers, et finalement toutes les étapes de la vie familiale de chacun sont payantes comme on l’a dit sous forme de tournées de boisson et de repas pour gosier solides que ce soit les fiançailles, le mariage, la naissance d’un enfant, la mort d’un proche, le titre de parrain, etc... C’est une communauté qui se taxe de manière incroyable.
Finalement les modes peuvent également concerner autre chose que le contrôle du flux d’argent qui lui-même contrôle le flux de main-d’oeuvre, pendant les festivités chrétiennes les maîtres doivent leur servir un menu très précis en accord avec la fête sainte en cours et s’il ne leur sert pas la nourriture instituée par eux dans leur calendrier, l’entreprise risque de fermer.

Chapitre VI - Le lock-out

Les Montgolfier ont depuis toujours souhaité abolir les modes des ouvriers vétérans car cela leur permet de contrôler l’embauche, le licenciement et toutes les règles sociales inhérentes à l’entreprise concernant à la fois les droits et devoirs des maîtres et des ouvriers. En 1769 Pierre met un terme à la coutume d’offrir à boire aux ouvriers qui sur leur chemin passent par sa fabrique. Cela a eu pour conséquence que lorsque les anciens ouvriers de Vidalon-le-Haut trouvent du travail dans d’autres fabriques, les ouvriers de celles-ci les taxent d’une amende assez lourde. Mais ce n’est pas encore le bon fil sur lequel il faut tirer pour défiler le réseau séculaire des ouvriers papetiers. Jean Guillaume Ecrevisse avait déjà engagé des fils de saisonniers étrangers aux modes des compagnons pour travailler dans les ateliers avec la pāte non fermentée fabriquée par le cylindre hollandais afin d’avoir plus de calme autour des cuves. Quand les Montgolfier ont reçu des lettres de leur frère Augustin datant de 1781 leur expliquant comment il avait réussi à ne garder que des novices dans son moulin en laissant les ouvriers grévistes partir d’eux- mêmes et en profitant de l’interdiction de retour aux cuves donnée par l’association des ouvriers papetiers pour former ses novices tout en prenant garde à ce qu’ils ne dorment ni ne mangent avec les vétérans et à ce qu’ils ne communiquent pas avec ceux-là afin qu’ils progressent tout en restant ignorant du profit qu’ils pourraient tirer du système des amendes.
Quelques mois après, en Octobre 1781 des ouvriers exigent qu’un des apprentis de Pierre et Etienne paye son droit d’apprentissage. Celui-ci ne comprenant pas pourquoi il doit dépenser son argent à la taverne refuse de payer alors tous les ouvriers de Vidalon-le-Haut se mettent en grève. Après de multiples insistances les Montgolfier et l’apprenti ne cèdent pas et demandent à l’intendant de légiférer pour que ses ouvriers reprennent tous leur travail mais le quittent en masse après un délai de 6 semaines, délai exigé par décret royal. Puis il y a plein de petits conflits entre ouvriers et novices: agressions, menaces, bagarres, même Pierre se fait menacer. Et finalement fin Janvier 1982 ça se calme et les Montgolfier crient victoire car ils ont 6 cuves en activité avec 5 vétérans et environ 20 novices. Le lock out de 1781 est réussi, les ouvriers vétérans ont été enfermés à l’extérieur de l’usine par les maîtres qui désormais tirent les ficelles de l’embauche, du licenciement et des règles sociales de bonne conduite dans l’entreprise.

Troisième partie - Contrôler pour gouverner

Chapitre VII - Le nouveau régime

En introduisant les cylindres hollandais et des novices fils et filles de journaliers et de vignerons dans leur fabrique, les maîtres de Vidalon ont ouvert la voie de la maîtrise du savoir- faire, de la discipline et de l’embauche aux autres manufactures papetières. D’ailleurs Vidalon est une entreprise ouverte à tous les producteurs qui souhaitent comprendre le changement technique et social qui y a eu lieu dans les moindres détails, et Etienne leur a même préparé des croquis sur les nouvelles machines qu’ils possèdent. Les Montgolfier ont donc conscience de leur devoir de donner l’exemple et de maintenir leur renommée même en dehors des murs de l’usine. Ils sont allés jusqu’à menacer une veuve employeur qui a embauché une de leurs employées qui les avait quitté sans préavis, et celle-ci a été contrainte de revenir à Vidalon pour demander qu’ils mettent ses papiers de mise en congé en règle sinon elle et sa patronne devraient payer une très lourde amende.
L’autorité récente des Montgolfier donne lieu dans l’usine à une série d’expériences, de règlements en circulation parfois contradictoires, sur toutes les conduites à tenir et même sur les heures où il faut venir souper pendant les dimanches et les jours de congé. Les nouvelles formes de sociabilité et le système de salaires qui mêle temps de travail et travail à la pièce vise à transformer l’ouvrier en employé stable. Alors que dans d’autres catégories professionnelles, comme chez les maçons, une fois sa tāche finie, l’ouvrier peut s’en aller car son engagement repose sur sa réputation et ses relations. Les ouvriers papetiers eux- mêmes ont longtemps voulu reposer leur savoir-faire sur ce type de système de reconnaissance.
Le nouveau régime des Montgolfier a donc réduit le savoir-faire à une simple manipulation mais n’a pas du tout déqualifié le travail des ouvriers, ni séparé conception et exécution de la tāche, ni renoncé à leurs devoirs de nourrir les ouvriers, mais ils ont créé un nouveau type de travailleurs à partir d’un personnel qui ignorait les règles du métier, qui ne se soucie plus de son prochain et qui est entièrement pris en charge par leurs patrons tant au niveau de ses intérêts familiaux que professionnels.

Chapitre VIII - Embauches et licenciements

Ayant entendu la renommée selon laquelle les Montgolfier avaient réussi à imposer un nouveau régime dans leur entreprise, d’après lequel ce ne sont plus les petit-fils d’ouvriers papetiers qui ont l’exclusivité d’être engagés comme apprentis, mais toute femme ou homme de bonne foi aux antécédents familiaux de culture diverse, une foule de prétendants se presse constamment pour venir tenter leur chance.
Les Montgolfier peuvent alors choisir ceux qu’ils souhaitent prendre à l’essai comme apprentis. Mais leur choix est tout de même conditionné par la recommandation d’une relation connue des Montgolfier comme un prêtre, un avocat de la famille ou un membre de leur famille, et par la physionomie du candidat qui doit donner l’impression à ses camarades qu’ils sont capables d’accomplir de dures tāches avec honnêteté et aux compagnons vétérans que leurs menaces ne les dissuaderont pas de travailler pour les Montgolfier.
En ce qui concerne les compagnons déjà formés, chez les Montgolfier on privilégie les candidats qui ont sur eux un certificat de congé de leur précédent employeur pour s’assurer que ceux-là ne les ont pas quitté sans prévenir et ils passent aussi par une période d’essai qui consiste soit en une démonstration directe de leur savoir-faire soit en une période d’essai de 20jours avant d’être embauchés. Parce que les certificats de congé viennent avec l’avis de l’ancien patron sur leur travail et parfois les louanges écrites sur le certificat sont trafiquées ou soutirées.
Dès 1671 l’Etat avait interdit aux patrons d’embaucher tout ouvrier papetier sans son certificat de congé même si la présentation qu’on nous fait des Montgolfier et qu’ils se font d’eux -même semble suggérer qu’ils ont été les premiers à appliquer cette loi et cela depuis au moins les années 1780. Et dès 1780 l’Etat décide que les femmes qui travaillent comme ouvrier papetier et que les traducteurs de Rosenband appellent les ouvrières papetières doivent aussi réclamer ce document à leur patron pour pouvoir travailler car le mot " ouvrier " dans les deux textes juridiques de 1739 peut désigner les deux sexes.
Et dès 1981 tous les certificats de congé des employés doivent être rangés dans un livret qui reste sur le bureau de l’employeur jusqu’à ce que l’ouvrier demande son certificat. De plus, Versailles a aussi institué que le temps de préavis pour une demande de congé doit être réduite à huit jours, la même année. Mais l’ancienne loi qui suppose un préavis de 42jours continue à être appliquée chez les Montgolfier, cependant ils réduisent en fonction de leurs intérêts drastiquement l’attente des ouvriers qui veulent partir.
Lorsque les ouvriers quittent la papeterie des Montgolfier, ceux-ci mettent à jour son certificat de compétence en indiquant très brièvement de façon positive, négative ou hésitation ce qu’ils pensent de leur travail ou de leur comportement. Lorsque un ouvrier est apprécié, il est bien loué même s’il a une personnalité difficile à malléabiliser, lorsque il contracte une dette, celle-ci est inscrite dans son certificat, parfois avec la mention " urgente " et le patron appelle son prochain employeur pour lui exiger de déduire cette somme des sommes qu’il percevra, et lorsque l’ouvrier refuse de payer sa dette car dans les modes il était coutume aussi de faire les patrons payer des amendes aux ouvriers, et que l’ancien employeur a l’occasion, celui-ci dresse un portrait hypocrite et dommageable de son ancien employé.
De plus tant que les ouvriers sont à Vidalon ils ont un numéro individuel ou familial à côté duquel on précise les paiements et les avances à la fois dans le livre des comptes de l’entreprise et dans le carnet de chaque compagnon qui perçoit l’argent de tous ceux qui ont travaillé pour participer au loyer familial. Sur ce carnet, qui est souvent perdu pour tenter de recevoir son salaire deux fois de suite malgré l’amende patronale, il y a aussi décrit les usages de la maison. Ceux-ci proscrivent explicitement les modes, comme par exemple les amendes, les rentes et le soutient mutuel et explicitent la conduite à tenir face au patron, dans l’atelier et pendant les jours où on ne travaille pas. Et les patrons de Vidalon comptent beaucoup sur la famille de leurs jeunes ouvriers pour qu’elle surveille leurs manières, leurs actions et leurs déplacements.
Alors en 1785 le mot " modes " qui d’après le Grand Robert de la langue française tome 4, p.1640, désignait mais au singulier, une manière collective de vivre, de penser et de juger dans un milieu et qui est synonyme de: coutume, habitude, moeurs ou usage, disparaît de la bouche des ouvriers.

Chapitre IX - Le paternalisme
Chapitre X - Les salaires
Chapitre XI - La discipline
Quatrième partie - La mesure du changement
Chapitre XII - Le transfert technique
Chapitre XIII - Persévérance
Chapitre XIV - Attitudes
Chapitre XV - Productivité
Chapitre XVI - La hiérarchie des cuves
Chapitre XVII - La révolution française et la machine à papier
Conclusion

Bibliographie :

Remarque, j’ai dessiné:
Copie de deux blasons royaux des Montgolfier, Généalogie des propriétaires de Vidalon-le-Haut, Blason de Davézieux, Piles à Maillet XVIIIème, Cylindre hollandais XVIIIème et uniquement les annotations mais pas la carte qui vient de GoogleEarth 2007 de: Situation géographique de Vidalon-leHaut racheté par Arjowiggins en 1976.

Annexe: Lettre de Marie-Hélène Reynaud écrite sur du Conqueror Concept blanc azuré 120g