Etude des intéractions langagières en boulangerie du point de vue du langage de mes chats

Del Socorro Françoise, 2003
Copyrights: Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Etude des intéractions langagières en boulangerie du point de vue du langage de mes chats

Introduction

Le but de mon exposé est d’expliquer les interactions langagières dans une boulangerie entre la vendeuse et l’ acheteur.
J’ai eu beaucoup de mal à percevoir quelque chose pour obtenir une problématique alors j’essayerais de m’approcher de la question sociolinguistique peu à peu.
Chomsky, et son courant innéiste Chomskien apporte une définition du langage qui me plaît, je suis plûtot d’accord avec la théorie selon laquelle le langage est mathématique. Mais je ne suis pas d’accord avec l’emploi des mots fini/infini pour décrire le langage. Car cela exclurait la capacité d’adaptation et la variabilité de la perception du langage en tant qu’activité cognitive complexe.
Ces 2 types de cernement des évènements extérieurs sont logiques dans toute interaction avec autrui.
Lundi 4 août je suis allée à la piscine publique, cela faisait plusieurs années que je ne nageais pas, autrefois je trouvais plus facile de nager en faisant des petits plongeons successifs, mais j’avais tellement oublié l’eau que mon nez ne se fermait plus automatiquement, j’étais obligée de le boucher avec ma main, chose que je n’avais jamais fait auparavant. C’est un problème d’ adaptation, le nez tout comme la partie du cerveau qui le gère a la capacité de changer son mode de fonctionnement automatiquement en fonction des données extérieures. A plus petite échelle, au niveau des neurones y compris ceux qui gèrent les autres organes du langage, il y a plein de petites adaptations qui se font, la plupart du temps automatiquement.
Ensuite, prenez un petit livre ou une BD que vous n’avez pas encore lu, lisez l’histoire une première fois, puis une semaine après une deuxième fois, puis le lendemain une troisième fois. Votre perception de l’histoire n’est jamais la même que ce soit au niveau de ce qui se passe et que vous n’aviez pas encore remarqué que de votre rapport émotionnel avec votre lecture. Et pourtant c’est écrit la même chose tout le temps et les images n’ont pas changé !!!
Dans votre perception vous allez alors remarquer plusieurs facteurs :
- La prise en compte des données antérieures car vous n’êtes pas amnésique et vous savez si vous avez déjà lu cette histoire, ce facteur existe aussi de façon non perceptible car tout les mots que vous avez lus sont imprimés dans votre mémoire à long terme sans que vous le sachiez.
- La reconstruction de votre savoir en fonction des données que vous n’aviez pas perçues auparavant.
- La variation de l’émotion que cette lecture vous procure en fonction de l’intérêt que vous trouverez dans les éléments perçus comme nouveaux par rapport à votre savoir antérieur, et au goût personnel que vous portez à cette histoire.
A cela et peut-être à plus que cela, vous devez rajouter la partie non perceptible de vos perceptions. En effet lors du parcours ascendant de l’information, lors de son traitement dans le cerveau, comme lors de la pensée ou production en retour, les neurones qui ont tendance à toujours diminuer l’intensité de l’information décomposée sont constamment repris par d’autres neurones et peuvent même rajouter d’autres informations à vos informations initiales car notre inconscient est toujours préoccupé par d’autres choses.
Ce qui fait qu’on peut définir le langage comme une entité mathématique car tout langage possède des éléments réitérants et des suites d’éléments impossibles; comparable à une mélodie dont la clé n’est jamais la même. Ceci pour l’homme comme pour tout animal capable de productions sonores et d’un minimum de mobilité corporelle.
Et pour que le langage véhicule une information, il nécessite une base mnésique : les neurones, et une base d’interaction sociale : autrui. Certes, on peut faire un monologue, mais on a besoin de l’idée de autrui pour construire un monologue : nous + (autrui=nous). Donc c’est le dialogue qui précède le monologue et la pensée.

Analyse

Etant donné qu’il m’est extrêmement difficile de saisir l’ aspect social du langage, je commencerais par une interaction que je saisis très peu : celle entre moi et mes 4 chats qui ont 11ans.
Je vais vous parler de langage animal. Quel est le rapport entre les dialogues en boulangerie et le langage animal?

A-] Le Langage animal

Le lecteur est avertit que je n’ai aucune formation en éthologie mais, un des buts de la linguistique étant de décrypter des langages, je refuse de donner des excuses pitoyables pour ne pas avoir à traiter des productions sonores que je ne comprends pas et qui m’entourent. Je vous propose donc un petit parcours avec une idée de protocole expérimental et de mode de fonctionnement du langage animal.

1. Au début, la syntaxe

Les productions sonores du langage animal sont composées de chaînes sonores audibles ou inaudibles possédant des éléments réitérants et des chaînes sonores possibles dans la théorie mais impossibles dans la pratique, mais l’agrammaticalité dans le langage ne peut être analysé qu’à la fin.
Notre intuition nous mène en erreur en voulant automatiquement décrypter le sens avant d’établir la syntaxe.
Je vous propose une définition de la syntaxe plus large et plus exclusive que Chomsky.
La syntaxe c’est les règles mathématiques qui définissent une suite d’éléments réitérables dans le temps. Ainsi j’ inclus les règles phonétiques et morphologiques à la syntaxe et j’exclu toute interprétation sémantique y compris celle des fonctions GN, GV, etc…
Peut-être que c’est parce que chez les animaux le cerveau gauche domine beaucoup plus le cerveau droit que chez l’homme, que la réitération du vocabulaire sonore est déterminé par la syntaxe alors que chez l’homme, la réitération du vocabulaire sonore est déterminé par le sens ou peut-être équitablement par la syntaxe et par le sens.
Le vocabulaire est constitué par tout ce qui est élément réitérable au cours d’une production sonore.
La syntaxe est le seul pôle d’harmonisation du vocabulaire puisque elle génère des règles mathématiques de suites possibles et impossibles.
Il y a sûrement des raisons géologiques à la base du phénomène de domination chez l’animal.
J’ai 4 chats chez moi et je vous propose une courte analyse. Je n’ai pas eu recours à l’enregistrement.


Miaulement Long ML
Miaulement Moyen MM
Murmure MU
Réitération d’Intonation RI
Réitération d’Intonation avec maintient RIL
Roulement Ponctuel +RP
Ronronnement +RO
Début ou suite ou déroulement du miaulement S
Arrêt ou pause 0
Je n’ai pas remarqué de miaulement court chez mes chats.

2. Le recueil des données

Il y a un premier problème au niveau des recueils de données : il faut d’abord s’entraîner à les recueillir avant de les recueillir pour de vrai parce que notre oreille s’adapte au fur et à mesure aux nouveaux types de sons. Et heureusement les groupes de souffle du chat sont assez courts pour être retenus dans notre mémoire à court terme.
Il y a un problème et un avantage dans le recueil de données manuscrites : notre oreille filtre les sons donc on obtient les sons « organisés » comme on s’y attend grâce à l’habitude. Mais on n’obtient pas tous les sons comme une bande passante parfaite, or il y en a peut-être qui sont importants.
Le problème de l’enregistrement ne sont pas les sujets car j’ai essayé d’enregistrer Minou et elle a compris à quoi servait le magnétophone, mais la sensibilité du magnétophone. Non seulement au deuxième tour la qualité de la bande passante est inaudible car elle enregistre son propre bruit d’enregistrement mais aussi au premier tour la qualité n’est pas génial au point que on a envie de reenregistrer. Il faudrait qu’ils modernisent les bandes de cassettes avant de moderniser les ordinateurs !!! Les cassettes Fe II et Chrome sont les meilleures mais trop imparfaites de même pour les petits appareils SONY.
Finalement au sujet des ronronnements, chaque chat a sa personnalité et ses interdits. Minou a honte d’avoir des ronronnements à voix haute bien que lorsque je caresse ou que je parle à Pirate qui me répond par des ronronnements très hauts, elle accepte de faire des ronronnements hauts pour m’aimer autant que lui. Il faut d’ habitude être très proche de Minou ou toucher Minou pour entendre ses ronronnements.

3. Le sens

Le chat est un animal domestique, le propre des animaux domestiques (ou des animaux sauvages domestiqués) est qu’ils prennent l’homme pour exemple de leurs actions et de leur langage.
Vous ne pouvez pas attribuer un sens aux suites mathématiques réitérantes d’un animal sauvage car le sens vient de celui qui analyse les mots pas de celui qui les prononce. Seules les phonations des animaux domestiques peuvent être interprétées par un sens !!!
Mais attention, quelque soit la théorie sémantique que vous utilisez pour interpréter le sens sachez que le sens n’est pas : toujours le même élément linguistique associé au même sens.
Il n’existe pas de mot à sens constant dans notre langage et il n’y a aucune raison pour que la compréhension animale se base sur une suite d’unités bipolaires.
Enfin, pour qu’il y ait interaction, il faut qu’il y ait un contrat commun de sens entre l’homme et l’animal. Sinon on ne pourrait jamais se comprendre.
Je définirais le sens par : Forme d’adaptation langagière à autrui visant à construire un message à deux.

Par exemple, le 5 août 2003 à 1H20 :
« Pirate miaulait pour demander du manger mou en poussant des miaulements longs croissants. Ma sœur lui a d’abord dit qu’il n’y en avait pas. Ensuite elle a dit qu’elle allait vérifier s’il y en avait. Elle a ouvert le frigo pendant que parallèlement Pirate a arrêté de miauler. Elle a refermé le frigo. Pirate a repris ses miaulements et elle a dit que non qu’il n’y en avait pas. Mais que il pouvait compter sur « Françoise » (moi) en m’indiquant pour lui en rapporter, en 2 secondes il a tourné la tête en me regardant une fois sans miauler puis il a tourné sa tête à l’endroit initial en reprenant ses miaulements longs montants.
Il y a peu, lorsque je suis passée près de lui qui n’était plus dans la cuisine à côté de la machine à laver le linge, mais qui était au milieu de la porte d’entrée du salon, il a poussé un seul miaulement long différent des premiers comme pour me rappeler de ma tâche. […] »


Lors de cette description, Pirate avait déjà mangé des croquettes, mais étant donné que Pirate préfère le manger mou (les chats ont tous des préférences et manies avec leur nourriture), on peut déduire par ses goûts que
ML / = Je veux du manger mou.
De plus, il y a la situation ambiante :

Le lieu :
La nourriture est toujours gardée sur la machine à laver le linge, la machine à laver le linge et le frigo sont dans la cuisine, on garde toujours les restes de manger mou au frigo.
Donc le lieu symbolise le manger mou.
Le temps :
On est le jour or Pirate n’a généralement le droit au manger mou que à 12H. Ni le matin ni le soir.
De plus il a déjà eu pour le repas de 12H des croquettes.
Donc le temps nous fait également comprendre qu’il s’ agit de manger mou.
La personne :
Pirate n’a pas l’habitude de se servir tout seul, il ne peut pas chasser le manger mou, c’est nous qui devons le lui en procurer. Mais ce n’est pas toujours la même personne qui lui sert. Ici il y a 2 personnes possibles pour en ramener.

Pause = vérification que ce ne soit pas Françoise qui ait du manger mou.
Reprise des ML / = Je veux du manger mou.
ML différent des ML / = Toi, je veux du manger mou.

Mais le sens « manger mou » existe parce que nous+Pirate avons construit le sens à partir de la situation ambiante, comme 2 personnes qui s’entendent en parlant 2 langues différentes.

4.1 L'émotion

Une récolte de langage est impossible dans un laboratoire ou une prison ou dans un lieu opprimant ou dans un lieu émotionnellement déstabilisateur pour l’animal étudié.
Car le langage n’existe que par rapport au sentiment d’autrui. Chez l’animal, tout comme chez l’homme, dans une situation de détresse, d’absence d’autrui, d’absence de sentiment de sécurité, et d’absence d’affection, ce sont des cris de détresse ou une décadence de la conception du langage que vous allez enregistrer.
Le langage est un fait social chez tout les êtres vivants possédant le langage. De telle sorte que au lieu de dire que un être vivant possède un langage parce que il a des capacités d’ expression sonores ou corporelles.
Il faut dire que :

4-2 : La conception d’autrui

Tout être vivant possédant le concept d’autrui a un langage.
Parce que les moyens d’expression ne peuvent être moyen d’expression que si l’être vivant conçoit qu’il peut s’en servir comme moyen d’expression.
En somme, on ne peut recueillir le langage que dans l’ habitat original où il se produit habituellement et sans jamais contraindre l’être vivant à produire son langage parce que le langage n’est pas une suite de sons ou d’images où chaque son ou image appelé signifiant est associé à un seul sens appelé signifié mais un processus non linéaire et complexe qui commence par la syntaxe et dont chez l’être humain le sens a pris autant de place que la syntaxe.
Et qui se construit à deux car si le sens vient de celui qui reçoit le langage B alors celui qui a produit le langage B a déjà anticipé que A peut interpréter le langage de B. Que ce soit de façon consciente ou inconsciente, même pour les monologues où autrui = soi- même.

TITRE : MODELE DE LANGAGE ANIMAL

B-] L’interaction sociale

1. Définitions

Un stimulus est un élément unique et précis déclenchant une seule et unique réponse possible.
Une réponse est un automatisme exact et prévisible déclenché par un stimulus.
Si on s’arrête ici dans les définitions, on aboutit à la possibilité de définir le stimuli par ce qui a supposé une anticipation de la réponse et la réponse par une entité adéquate attendue par le stimulus émis. Donc on pourrait appeler l’émission sonore par le mot « stimuli » et la vocalisation en retour par la dénomination « réponse » au sens indiqué.
Or il y a une suite :
Un réflexe est ce qui relie un stimulus à une réponse, il s’agit d’une activité involontaire, traitée par la moelle épinière ou par un automatisme dans le cerveau qui donne un réponse tant que les neurones n’ont pas dégénéré.
Or lorsque p.13 J Maisonneuve dit : «L’interaction a lieu lorsqu’une unité d’action produite par un sujet A agit comme stimulus d’une unité réponse chez un autre sujet B et vice versa », il s’est trompé car c’est un réflexe et non une interaction qui a lieu.
Plus loin, dans le même paragraphe, l’anaphore ambiguë « L’auteur » (car on a cité avant 2 auteurs, J Maisonneuve en script normal suivit de G de Montmollin entre parenthèse) dit : « dans la mesure où la perception du sujet percevant est modifiée par l’attente d’une réciprocité, il y a interaction sociale. De même, le fait que le sujet perçu se sait perçu peut l’emmener à modifier son apparence, ses attitudes, ses paroles, ses conduites, c'est-à-dire les indices qui servent de base aux jugements du percevant, ce qui transforme la perception du percevant ; on est donc en présence d’une interaction sociale. »
J’ai souligné le verbe se savoir perçu. Le pronom réflexif « se » indique une courte réflexion sur soi, un bref instant de pensée, une activité volontaire. Le cerveau humain n’est pas divisé en endroit pour activité réflexe et endroit pour activité volontaire, car les activités volontaires incluent les activités réflexes en les modifiant et en prenant en compte les données de tout le cerveau. Et dans cette définition de l’auteur, on voit bien que le langage lors d’ une interaction sociale commence par une prise en compte du regard de l’autre au sens large « le sujet se sait perçu », en déclenchant des milliers de processus « l’amener à modifier son apparence » dont on ne sait trop si on peut qualifier ce nouvel équilibre d’activité volontaire ou d’automatisme car le verbe « peut » sied mieux à la langue que le verbe « est obligé à ».

Après avoir abordé l’ « Introduction de MARC E, PICARD D, L’INTERACTION SOCIALE, 1989, PUF, le psychologue, je n’ aborderais que la première partie « Interaction et Communication » en résumant quelques parties pertinentes.
Mon but est d’analyser les dialogues en boulangerie, mais comme je ne perçois rien, je cherche des indices pour proposer une problématique.
Je vous ai présenté une théorie sur le langage de mes chats et je vous propose de la prendre, sachant que ce n’est pas un modèle de langage humain, comme boîte à défaut pour tout être vivant intelligent voulant échanger du langage.
Les deux auteurs les plus importants à retenir seront JAKOBSON et HYMES. Mais je résumerais un peu le livre.

2. Résumé

Le livre commence par les modèles techniques de la communication, dont celui de SHANON et WEAVER (1949),

et ensuite parle du très important terme de « cybernetics » de Nobert Wiener 1948 : feedback Angl ou rétroaction Fr.
Bien sûr, je connais la définition exacte du terme rétroaction en biologie mais que veut dire : maintenir, faire évoluer, renvoyer, une situation, la mémoire de la source, état stable, « en spirale », effet de ses messages, processus circulaire ???? Le jargon de la cybernétique m’est incompréhensible.
Continue par les modèles linguistiques. Dont les deux plus importants sont celui de Roman JAKOBSON, 1963 et de JJ GUMPERZ. Voici celui de R JAKOBSON :

D’après R JAKOBSON, 1963, p.24, « Le destinateur envoie un message au destinataire. Pour être opérant, le message requiert d’abord un contexte auquel il renvoie (…), contexte saisissable par le destinataire, et qui est, soit verbal, soit susceptible d’être verbalisé ; ensuite, le message requiert un code, commun, en tout ou au moins en partie, au destinateur et au destinataire (…) ; enfin, le message requiert un contact, un canal physique et une connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire, contact qui leur permet d’établir et de maintenir la communication ».




PS : Le rétrocontrôle en biologie permet à un système de maintenir son équilibre en fonction de ses besoins qui varient constamment. Et aucun système ne peut exister sans autorégulation. Ma flèche R n’est qu’un symbole puisque au niveau des voies ascendantes comme descendantes, il y a des millions de milliards de rétrocontrôles, plus qu’il n’y en a de neurones car ce sont les points de rencontre entre neurones, il est exclu qu’un seul neurone serve de rétrocontrôle pour le langage car le langage est trop complexe.


JAKOBSON distingue 6 fonctions linguistiques :
-fonction émotive : attitude du sujet
-fonction conative : action que le destinateur veut exercer sur le destinataire
-fonction phatique : s’assurer du maintient du contact
-fonction métalinguistique : vérification que le code a le même sens
-fonction poétique : sens+forme

L’autre auteur aussi important que JAKOBSON est le modèle SPEAKING de HYMES :
-Settings : moment du présent + culture
-Participants : toute personne remarquée
-Objectifs
-Acts Sequences : sens + forme
-Keys : intonation émotive
-Instrumentalities : choix du canal
-Noms : habitudes d’interaction et droits d’interaction
-Genre : genre littéraire

3-Critique des modèles psychosociologiques

3.1 Ma critique

Le modèle psychosociologique proposé par l’ouvrage possède deux défauts assez fréquents.
Le deuxième est le problème inhérent à la classification.
Pour moi, le cerveau est un fouillis dont on ne peut rien comprendre.
Les behavoristes ont décidé de classer les fils de spaghetti un par un.
A la fin on obtient des fils de spaghetti bien classés.
Mais on ne peut plus trouver de lien entre les fils de spaghetti puisque ils sont tous bien classés.
Un exemple : Soit la phrase, Le chat est dans la maison. Une fois qu’on a classé le chat dans les félins, la maison dans les habitations, le verbe être dans les verbes d’état et le « le » dans les articles définis, comme le ferait un dictionnaire, on ne peut plus comprendre la phrase. Puisque il n’y a plus de lien entre les éléments.
Supposons maintenant que je dise que les schémas 1 et 2 sont un modèle de langage humain. Vous me répondriez que c’est prétentieux, et qu’il est évident que ce modèle est trop lacunaire, notre cerveau ne doit pas être aussi vide…
Ah mais non, j’ai dit au début que c’est le modèle de langage de mes chats. Parce que chez Minou, j’ai posé l’ hypothèse que ce soit la syntaxe qui détermine la réitération du vocabulaire alors que chez moi c’est le sens qui détermine la réitération du vocabulaire […]. Et j’ai même proposé un protocole expérimental non behavoriste.
Ah, alors ton chat il est surdoué, je ne connaissais pas de chat comme ça avant.
J’aimerais dans 2 ans proposer un modèle de langage humain côtoyant celui de la machine. Mais il faudrait que cela n’ait pas « l’air vide » et je ne serais pas en mesure de l’argumenter puisque je vais proposer plein d’axiomes.
Et les axiomes sont des liens logiques indémontrables, comme ma phrase : (11) tout être vivant ayant la capacité de concevoir autrui possède une syntaxe. Sauf par des génies, mais je suis quelqu’un de simple et je me contenterais d’axiomes qui ne peuvent être que contredits.

PS : Sans compter l’introduction, j’ai posé : (1) Les productions (II) Notre intuition (III)La syntaxe (IV) Peut-être que (V) La syntaxe (VI) Il y a sûrement (VII) Le chat (VIII) Vous ne pouvez (IX) Je définirais (X) Une récolte (XI) Tout être vivant.


3.2 Critique du classement

Je vous propose un auteur très bien dont je n’ai rien compris, il aborde le problème sous les aspects : Philosophique, sociologique, historique, politique, psychanalytique, logique, mathématique, sémantique, langagier. Avec une prédication surchargée et plein de citations.
p.371, Chap VI, L’INSTITUTION SOCIAL-HISTORIQUE : L’ INDIVIDU ET LA CHOSE, « Mais toute ensemblisation, toute catégorisation, toute organisation que nous y instaurons/découvrons s’avère tôt ou tard partielle, lacunaire, fragmentaire, insuffisante -- et même, ce qui est plus important, intrinsèquement déficiente, problématique et finalement incohérente. »
p.461, CHAP VII, LES SIGNIFICATIONS IMAGINAIRES SOCIALES, les magmas, « Nous visons le mode d’être de ce qui se donne, avant imposition de la logique identitaire ou ensembliste ; ce qui se donne ainsi dans ce mode d’être, nous l’appelons un magma. Il n’est évidemment pas question d’en donner une définition en bonne et due forme dans le langage reçu ou dans un langage quelconque. L’énoncé suivant peut toutefois ne pas être inutile :
Un magma est ce dont on peut extraire (ou : dans quoi on peut construire) des organisations ensemblistes en nombre indéfini, mais qui ne peut jamais être reconstitué (idéalement) par composition ensembliste (finie ou infinie) de ces organisations. »
Les significations dans le langage, p.465 « En tant que magma, les significations de la langue ne sont pas des éléments soumis à la déterminité comme mode et critère d’être. Une signification est indéfiniment déterminable (et cet « indéfiniment » est évidement essentiel) sans que cela veuille dire qu’elle est déterminée. Elle peut toujours être repérée, assignée provisoirement comme élément identitaire à une relation identitaire avec un autre élément identitaire (ainsi dans la désignation), comme telle être « un quelque chose » en tant que point de départ d’une suite ouverte de déterminations successives. Mais ces déterminations ne l’épuisent, par principe, jamais. »

Tiré de : CASTORIADIS CORNELIUS, L’INSTITUTION IMAGINAIRE DE LA SOCIETE, 1975, éditions du SEUIL.

C-] La Politesse

1. Un lexique basé sur des interdits

Comme j’étudie de la linguistique, j’ai trouvé drôle d’essayer de faire une petite listede politesse de plusieurs langues en pensant que la traduction unilinéaire était possible. Mais j’ai été tellement étonnée de mon premier recueil que j’ai arrêté.
Il s’agit d’une langue Malawi d’après une étudiante : Mlle Thandi.

Et elle m’a expliqué que ses compatriotes vivent dans un petit village, se voyent tous les jours, et n’ont jamais rêvé de voyager, et que quand on ne revoit plus quelqu’un c’est que quelqu’un est mort, parce que tout le monde se voit tous les jours.
C’est à se moment que j’ai compris que la linguistique contrastive est fausse car c’est impossible que le sens soit dans les mots !!!
J’ai été vraiment choquée d’apprendre qu’il existe une langue où un mot qui pour moi était basique comme « au revoir » n’existe pas dans le lexique.
Sûrement, la société a une influence non négligeable sur le lexique. Car ce qui est intéressant dans cet exemple c’est que c’est les interdits, l’idée profane de considérer la société comme un ensemble d’individus isolés qui n’ont pas besoin de se rencontrer pour exister, qui motive la non existence du mot au revoir dans le lexique.
Alors que dans notre société, on choisit de se revoir ou pas, on est ignoré par plus de 90% des habitants d’une ville sans qu’on soit mort, on n’existe pas pour autrui, et on rêve de partir ailleurs, donc on dit « au revoir ».

2. La norme, véhicule de l'agressivité.

Cela fait très peu de temps que je prends conscience que j’ai très peu d’accent comparée à d’autres français. L’unique « erreur » qu’on m’a souvent fait porter c’est que je dis la plupart du temps ain [õe] au lieu de an [ã]. On m’a raconté que au Sud de la France il y a plus d’accents que cela, j’ai déjà essayé de imiter leur accent, mais ce n’est pas moi, alors j’ai décidé de conserver mon accent si on peut appeler ça un accent ?
Tout a commencé aux Seychelles quand l’ institutrice était persuadée que j’avais un défaut et m’a envoyée chez une orthophoniste qui a tout simplement dit à mes parents que j’avais un accent brésilien, puisque je suis bilingue français-brésilien. Mais elle m’a aussi donnée une feuille : an—en,am,em / une plante ; in—ain,eim,ym / le pain avec des dessins, que j’aurais de bonne grâce jeté car je n’ai jamais eu envie de changer ma façon de parler.
Après quand j’ai déménagé au Portugal, j’ai été très mal accueillie parce que je suis brésilienne, alors que j’avais oublié le Brésil. Je crois que ce qui suscitait le racisme envers moi n’était pas le fait d’être brésilienne mais mon accent. Pour les ignorants, la différence entre le Portugais du Portugal et le Portugais du Brésil c’est pas l’écrit, c’est l’oral. Les portugais acceptent plus facilement les brésiliens qui arrivent à changer de système linguistique quand ils parlent. Mais moi, d’abord je ne suis pas conformiste, ensuite je n’ai aucune raison d’essayer de plaire à des gens qui ne m’aiment pas comme je suis.
J’étais insultée tout les jours et même une fois toute la classe était officiellement contre moi et se sont plaints au prof de portugais que je (donc il) n’avais pas le droit d’avoir des notes supérieures à 10 à l’écrit, parce que je suis « brésilienne », et je dois être la dernière de la classe, parce que c’est une honte que ce soient des « portugais » qui soient les derniers de la classe. Pauvre prof….
Je ne me rappelle pas des insultes des gens car elles s’effacent automatiquement de ma mémoire juste après. Mais techniquement il y a deux types d’insultes :
-Celles à caractère raciste où je me sens comme un animal de cirque.
-Celles à caractère défectueux où je me sens soit comme une retardée mentale soit comme une femme ordinaire, celles-ci incluent les rectifications simultanées qui sont émises même par les gens intelligents.
Parce que je considère que demander directement à quelqu’un quelle langue il parle sans qu’il soit en train de la parler, est potentiellement offensif, car la personne pourrait penser que je suppose qu’elle n’est pas à sa place ou qu’elle parle faux, que j’essaye d’abord de me mettre en harmonie avec la personne, en préparant le terrain.
Quand j’ai posé la question de quelle langue elle parlait à cette fille qui parle le Chichewa, avant j’avais parlé de la nourriture, parce que je l’ai trouvée par hasard en face de moi dans le restaurant universitaire, et je n’ai pas le droit d’envahir son espace privé, puisque comme je ne la connais pas, si elle a eu des mauvaises expériences comme moi avant, et même si elle a été élevée « comme les français qui ne parlent pas aux inconnus », elle prendrait ça pour une agressivité, et en plus elle a le droit de ne pas répondre ou de mentir.
Parce que quelqu’un de prétentieux ne peut pas dialoguer convenablement avec leurs associations fausses de ce qu’ ils définissent comme étant brésilienne exhubérante ou villageoise du fin fond de l’Afrique, ce qu’on ne se considère pas d’ailleurs sauf pour quelques exceptions qui malheureusement servent de prototype.

C-] PROBLEMATIQUE

Qu’est ce qui détermine les dialogues en boulangerie ?

D-] DISCUSSION

1. Cadre Social

Les boulangeries sont un cadre précis.
Une boulangerie n’est pas un bazar, ni une poissonnerie, ni un supermarché, ni un métro, etc…
Une boulangerie peut-être une pâtisserie ou un fast-food, car on peut y vendre aussi du sucré et du salé pour rentabiliser plus.
Une boulangerie peut-être une maison spécialisée avec un territoire bien défini et une enseigne ou un coin réservé dans une grande surface comme un supermarché.
Dans une grande surface, très souvent la vente est indépendante des autres produits proposés.
Les vendeurs sont souvent en uniforme qui peut être blanc ou de la couleur du logo du vendeur.
Le pain et les autres produits sont toujours placés dans une vitrine ainsi que en hauteur derrière les vendeurs de telle sorte que le client puisse le voir et le désigner.
Il y a souvent deux vendeurs qui sont très souvent des femmes.
Le pain et toutes les autres denrées périmables sont toujours cuits, et prêt à consommer, les produits salés peuvent souvent être chauffés, mais les produits sucrés ne semblent pas être refroidis.
Il n’y a pas toujours un emballage pour les baguettes. Très souvent : rien, plus souvent : un papier A4 imprimé inutile, très peu souvent : un emballage long approprié.
Il y a toujours un emballage pour les produits autres que le pain et pour les petits pains.
Contrairement aux transports publics, les personnes ne sont ni stressées ni pressées, ils font la queue sans se pousser.
Le client ne se sert pas. Il paye sur place. Et ne reçoit presque jamais la preuve d’achat.

2. Settings

Toute la vitrine peut être un lieu d’échange langagier et monétaire car j’ai déjà acheté quelque chose sans aller à la caisse :
« La Renommée SNCF, 16H40, Mercredi 19 Mars
Bonjour, une tartelette aux framboises s’il vous plaît.
Un quarante (elle n’a pas dit €)
Elle va l’emballer.
Elle l’a bien emballé.
Au revoir
J’ai pas payé
Vous avez pas payé ?
Je donne l’argent
Elle va voir s’il y a une caisse ouverte, c’est fermé
Elle va piquer l’argent dans la caisse à sa copine.
(J’ai l’impression que elle avait remarqué mon bloc de notes qui l’a perturbée, mais je l’avais gardé lorsque j’ai fait ma commande). »
Lors de cette scène j’ai été reçue par la vitrine, il y avait des gens devant moi, et pas par l’endroit privilégié de la première partie de l’échange : la caisse.
Je ne pense pas que ce soit l’habitude de recevoir l’argent en caisse qui a provoqué l’oubli.
Il faut savoir que dans cette boulangerie, les vendeuses, on sent qu’elles auraient bien voulu être ailleurs, elles mettent la musique à fond, elles ne sourient pas, elles ne disent pas toujours merci au client, elles disent bonjour comme elles disent au revoir, et surtout elles trouvent plus pratique de ne pas fermer la caisse à chaque échange mais elles sont honnêtes car elles utilisent la caisse. Donc elle a oublié que je n’avais pas encore payé parce que ce n’est pas son problème.
Et pourtant elles vendent en grande quantité, et même elles exportent dans d’autres départements, car je vois souvent des gens avec leur baguette dans le bus.

3. Participants

« Mardi 25 Mars 2003, je suis allée à la boulangerie du supermarché face à la fac pour manger à 15H25.
Lorsque je suis arrivée, il n’y avait personne devant moi, mais, lorsque la dame, une femme de la quarantaine, les cheveux noirs coupés courts est arrivée, elle a dit :
- alors un sandwich végétarien
et j’ai répondu :
- non, une quiche au fromage,
après quoi j’ai remarqué qu’elle s’adressait au groupe de 3 qui était derrière moi, particulièrement à une fille avec les tresses bleues.
Ça devait être une cliente habituée.
La fille a dit :
- oui, un végétarien ou quelque chose comme ça, il n’y avait pas le mot sandwich. Elle a fait faire une demie baguette à une employée qui l’a découpée et l’a ramenée à la cuisine.
Après, je ne sais pas pourquoi, une autre fille m’a passée devant, elle lui avait demandé pour confirmer, un sandwich au jambon ?
Je me suis baissée, j’ai pensé à écrire mais ma tête était trop lourde et il y avait trop de choses qui se passaient en même temps au niveau du dialogue.
Et j’ai aussi remarqué qu’elle a une façon de compter que je ne comprends pas, j’ai acheté une quiche au fromage et une tarte aux abricots et j’ai donné 10 €05 et c’était je crois 2 ou 3 €85 ou quelque chose comme ça. Elle a commencé par dire 30 et ensuite d’autres chiffres que je n’ai pas entendus.
Je ne me souviens pas qu’elle m’ait dit merci, mais il y avait 2 achats pendant que j’étais là et j’avais mal à la tête et je ne suis pas capable en ces conditions d’avoir une attention partagée.
Je trouve ces 2 commerces de proximité à la fac très mal polis, mais j’ai du mal à expliquer pourquoi ? Et puis il y a toujours 2 personnes, leur mathématique je ne comprends pas, d’ailleurs même au supermarché quand ils parlent comme ça je ne comprends pas mais quand ils comptent ce qu’il y a affiché, je comprends.
J’espère qu’ils ne comptent pas comme ça pour voler les gens parce que c’est l’impression que ça me fait. En réfléchissant maintenant, ils doivent faire une soustraction :
Somme donnée – Somme due = Résultat. Mais même ainsi je continue à ne pas comprendre d’où vient le chiffre initial du résultat.
Une autre chose que j’ai remarqué c’est qu’elles sont toujours à deux mais si l’une a donné un ordre à l’autre dans ce supermarché, je ne peux pas déduire qu’il y ait une hiérarchie entre elles, c’est peut être de la mal politesse, on ne donne pas des ordres à une camarade.
Une autre chose que j’ai remarqué, elles ne disent pas souvent le mot €, c’est peut-être moi qui l’entendais les autres fois, elles disent par exemple :
Deux soixante cinq et pas deux euros soixante cinq.
Une troisième chose, elles ont une mémoire à court terme très développée, c’est peut-être pour ça que ce concept a été remplacé par celui de mémoire de travail par Alan Baddeley.
Elles peuvent servir plusieurs clients à la fois dans une même caisse en attendant que ce soit prêt ou en piquant l’une dans la caisse de l’autre.
Mais c’est plûtot dans la boulangerie-pâtisserie d’à côté le supermarché qu’il y a cette confusion et avec la musique c’est normal qu’elles ne sachent plus où elles en sont malgré leur air d’être sûr.
Au niveau de l’emballage, ce supermarché est une merde, elle a « collé » le papier sur ma tarte aux abricots. »

C’est tellement délicieux de manger des abricots avec du scotch que je crois que les participants n’incluent pas la marchandise mais incluent seulement les participants auxquels le vendeur a envie de vendre.
Il y a :
- Le vendeur 1
- Le client habitué ou ami du vendeur
- Le client inconnu
- Le vendeur 2
En principe il ne doit pas y avoir de hiérarchie entre les vendeurs ni entre les clients.
L’unique hiérarchie qu’il doit y avoir c’est la correspondance entre l’ordre d’arrivée et l’ordre d’accueil :
- Premier arrivé
- Deuxième arrivé
- Troisième
- Quatrième, etc…
Sauf en cas de force majeure, mais je n’ai aucune idée de ce qui pourrait changer cette hiérarchie.

4. Ends (objectifs)

Une boulangerie ce n’est pas un musée, le client sait que le vendeur va vendre et le vendeur sait que le client vient acheter. Le but n’est pas dans le message, il est dans le contexte, le message ici ne sert qu’à confirmer le but :
X va acheter du pain.
Car les clients peuvent venir accompagnés. Mais pour le vendeur, le client c’est le client plus son entourage.
Mais pour le client, l’acheteur c’est en principe seulement lui puisque c’est lui qui paye.
En ce qui concerne mon but, c’était de prendre des notes sans qu’on s’en rende compte. Souvent je me voyais mal en train de noter en achetant, alors juste après, je courrais me cacher, et après j’écrivais ce que j’ai entendu.
Un but n’est pas quelque chose d’évident à concevoir s’il n’est pas là avant nous. J’ai du mal à imaginer un but pour étudier l’interaction sociale. Mais quand j’achète du pain j’ai un but, parce qu’il est affiché sur l’enseigne. Une troisième définition du but c’est quand j’anticipe ce que je veux faire dans la journée ou ce que je veux réussir à être dans la vie.
Il y a les buts qui sont déjà là.
Les buts qu’on aimerait atteindre mais qui sont seulement une orientation à prendre puisque on n’est pas en mesure de les toucher parce qu’on a peur de réussir.
Les buts qu’on souhaite atteindre car même si on n’ est jamais sûr de réussir, on se dit qu’on réussira un jour.
Les buts ce sont des décisions, elles sont décidées dans le cortex frontal et ils sont très influencés par l’inconscient, c’est en grande partie les émotions qui fabriquent le but, le but est la partie du langage qui est le plus susceptible de contenir les angoisses et les ambitions d’autrui, les pathologies créatrices et destructrices, le lien entre la conscience et l’inconscient.
Le but c’est la rencontre de la face positive qui dit : j’ai envie qu’on m’aime, avec la face négative qui dit : laissez- moi en paix dans un coin.
Le but c’est donc la politesse.

Peut-être que parce que lorsqu’on va acheter du pain, le but vient du contexte, mais on doit tout de même l’affirmer en nommant ou désignant l’objet qu’on veut acheter, qu’on fait un choix, qu’on est obligé d’utiliser en partie notre inconscient pour dire ce choix, et donc comme notre choix a été déjà décidé en partie par le cortex, et en partie par nos envies gustatives ou nos impératifs familiaux que il reste un tiers de ce choix où notre inconscient a quelque chose à dire à notre conscience, alors on est obligé d’être poli.
On dit bonjour et merci parce que on veut que l’ autre nous aime, nous respecte, mais on ne veut pas que l’autre nous voye, nous remarque par notre impolitesse.
On dit bonjour et merci pour être anonyme et s’ inscrire dans un flux de gens qui font la queue puis qui s’en vont.

(Il ne faut pas me prendre au pied de la lettre car c’est une hypothèse farfelue sur l’inconscient.)

5. Acts

«Monoprix Colombes, 4 Mars 2003, 19h20
Moi : bonjour
Moi : alors 2 croissants s'il vous plaît
Elle : alors 1€34
Elle : merci bonne soirée »
Il y a souvent des reprises de alors si le client dit alors, sinon il y a des s’il vous plaît un peu partout pour couper la monotonie.
« Les Musardises, Colombes, Jeudi 13 Mars 2003
Bonjour
Elle finit de recevoir l’autre
Elle : Alors qu’est-ce qu’il vous faudrait
Moi : Un feuilleté fromage
Elle : Alors je vous le chauffe s'il vous plaît
Moi : Non s'il vous plaît
Elle : Merci
Moi : Merci »

Le niveau de langage varie selon les boulangeries du très soutenu au mal poli, il n’existe pas de langage familier puisque l’échange n’utilise que des noms techniques :
« La Renommée, SNCF Nanterre, 11 Mars 2003
Elle : Bonjour
Moi : C’est combien les bonbons ?
Elle : Ça dépend lesquels
Moi : Ceux-là
Elle : Ceux-là ?
Moi : Non, ceux-là.
Elle : C’est trois centimes
Moi : Voilà
Elle : Au revoir »
J’ai trouvé que c’était mal poli car elle n’a même pas dit merci.
Et les syncopes de e muet ne sont pas une preuve de mal politesse, la mal politesse c’est uniquement l’oubli des formules de politesse ou peut-être la non-conscience de leur importance pour l’ échange.
«La Renommée, SNCF Nanterre, Mardi 18 Mars 2003,
Elle me sert au même temps qu’elle finit de servir une femme en lui donnant la monnaie
Elle : Mademoiselle (est-ce qu’elle a dit bonjour ?)
Je montre du doigt un croissant ordinaire.
Elle : 7 euros s'il vous plaît
Elle : M’rci, au revoir »
C’était peut-être à cause de la syncope du e muet dans merci que je n’avais pas compris la dernière fois qu’elle avait dit merci.
Je crois qu’il y avait la musique mais je ne l’ai pas entendue. C’était la même femme blonde, elle est assez jeune.
La dernière fois c’était le 17. Vous voyez que je suis d’accord que les gestes peuvent remplacer le langage lorsque le contexte est évident, sinon ils servent à emphatiser la parole. Mais elle m’a donné un croissant simple au beurre (je crois) qui est plus cher que le croissant simple (je me souviens), parce que je voulais voir l’échange sans que je parle. Voici la dernière fois :
«Lundi 17 Mars 2003, La Renommée Nanterre SNCF
Avant moi : un garçon 1
Puis un autre 2
Puis moi 3
Puis un monsieur 4
[…]
Garçon 1 : 1 pain au chocolat, un mille feuilles, un mille feuilles sucré pas glacé ça ira, ouais un autre mille feuilles…
Elle voit que j’écris quelque chose alors elle me demande avant l’autre qui est devant moi :
Madame bonjour ?
Un croissant s'il vous plaît
Un quoi
Un croissant
? la musique qu’il y avait derrière brouille toutes mes pensées, j’ai l’impression que la blonde n’a pas dit merci comme l’autre de la dernière fois. »

PS : Le 19 Mars j’ai comparé l’art d’emballer une tartelette aux fraises chez Les Musardises où la vendeuse est trop polie avec celui de La Renommée pour une tartelette aux framboises, et je dois conclure que malgré leur impolitesse les 2 paquets témoignaient d’un art exhaecquo d’emballement : la vendeuse de la Renommée m’a donné « une pyramide tout à fait descente et exquise comme quoi ça s’apprend les emballages, et ça tient debout, c’est beau ».

6. Norms

Je ne sais pas remplir cette case mais je vous propose une histoire.
« Une fois Faust est venu dans mon école et m’a demandé :
Si tu étais chef d’entreprise, aimerais tu être un bon vendeur ou un vendeur bon ?
Moi : … un bon vendeur bon, mais j’aimerais pas être chef d'entreprise. »
Après son argumentation n’a pas marché. Mais c’est normal puisqu’il n’a pas de bon sens, la norme dans la vente c’est la réputation, si vous vendez des produits de mauvaise qualité très cher, et sans politesse, vous allez rentrer en faillite, parce que le client a toujours raison lorsqu’il se plaint, et fama volat, la renommée vole : il y a des gens qui se racontent les bons et les mauvais achats, et les gens qui n’aiment pas raconter les achats sauf exceptionnellement les mauvais achats, donc c’est la mauvaise réputation qui court toujours la plus vite et dont dépendent les grandes entreprises : satisfait ou remboursé.
Les baguettes en France ont une réputation internationale. La Renommée vend parce que les gens ont confiance en la qualité de son pain et la mal politesse des employés ne la remet pas en cause, idem pour le supermarché.
De plus les vendeuses ont la chance de vendre du pain et d’être derrière un petit obstacle. Parce que si elles vendaient des choses cassables ou plus lourdes, avec leur mal politesse, elles auraient des problèmes avec les clients qui ont toujours raison.
Je n’aime pas parler de l’agressivité parce que je n’aime pas Lorenz, et je ne pense pas qu’une relation humaine nécessite l’existence de l’agressivité pour exister. En ville les gens sont stressés parce que c’est comme un mauvais sort que l’un déplace sur l’ autre, de préférence sur un inconnu pour qu’on ne sache pas. Le pire c’ est que l’agression exclut la communication. Car celui qui attaque ne pardonne pas et celui qui est attaqué n’est pas ouvert à l’avis de l’ autre.
Car si l’agressé dit : vous avez raison, et l’ agresseur dit : je vous pardonne, alors il n’y a pas d’agressivité et il y a une entente. Lors d’une agression comme lors d’une guerre les deux sont équitablement coupables, l’un parce qu’il n’a pas pardonné, l’autre parce qu’il n’a pas changé d’avis. Et le langage n’existe pas.
Dans la vente, le langage est le complément de la qualité, parce qu’on achète le pain chez des vendeurs qui aiment leur profession.

7. Genre

Dialogues oraux combinés avec des gestes de désignation de la part de l’acheteur et de sourires de la part du vendeur, mais c’est ce dont on s’attend, parce que la réalité est très variable.


Conclusion

Pour finir, je sens que je suis passée à côté de l’essentiel en ce qui concerne les rapports interindividuels lors d’une interaction sociale dans une boulangerie.
Mais je vous propose une explication :
C’est le manque de confiance envers autrui qui m’empêche de voir les rapports langagiers entre deux personnes, comme si la conception de la situation ambiante dépendait de mon inconscient.
Comme si mon inconscient se projetait dans la situation ambiante.
Donc lorsque vous lirez dans mon schéma : (j’ai du mal avec les maths), vous devez lire la structure X a besoin de la structure Y pour exister 1)Y 2)X et Y influence beaucoup X ( Y->X ).
L’axiome est démontrable lorsqu’un parent s’adapte au langage de l’enfant. Mais en principe les axiomes ne sont pas démontrables car on résonne à l’envers.
La problématique c’était donc : qu’est-ce qui détermine les dialogues en boulangerie ?
Je vais vous répondre par un schéma mais avant je dois dire deux choses.
D’abord je ne suis pas encore spécialiste des systèmes car j’en ai lu très peu et il me manque encore beaucoup de données. Alors il faut relativiser mon schéma.
Ensuite j’ai pris mon chat comme schéma à défaut pour l’être humain et là je vais rajouter des éléments sans me demander si c’est vrai pour les deux, alors vous pensez ce que vous voudrez.
Enfin, je dois rajouter que que mon chat rêve ou ne rêve pas, lorsqu’elle entre en sommeil paradoxal (=dormir profondément), elle parle en murmurant et fait des gestes, et cela s’ entend et se voit, donc il y a aussi un rapport entre le langage, les gestes et le sommeil, mais je ne crois pas qu’il y ait un rapport direct avec la répétition subvocale lorsqu’elle a peur ou lorsqu’elle émet des sons roulés avant de croire sauter pour attaquer mais avec les souvenirs, car autrefois elle savait chasser, et ici elle ne chasse pas car il n’y a rien dans l’appartement et en plus elle est trop vieille pour ça, je crois que le langage lors du sommeil est dû à la mémoire épisodique (=des souvenirs).