Essai de philosophie sur la subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet

Del Socorro Françoise, 2005

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PLAN


Chap1- La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet

INTRODUCTION
a)La fausse subjectivité objectivée par des stéréotypes collectifs
b) La relativité des unités qui composent le langage
c) Le symbole dans l'argumentation
d) L'effet de nouveauté
e) La récursivité et la reconnaissance d'une unité ou la délimitation d'une unité
f) Conclusion
IMAGES NON COMMENTEES
BIBLIOGRAPHIE

INTRODUCTION

La subjectivité est pour le chercheur comme un filtre qui nous fait voir certaines couleurs de notre objet d'analyse et pas d'autre, mais il n'y a pas de filtre blanc qui nous fasse voir rien que toutes les couleurs réelles de notre objet d'analyse. Par exemple en ornithologie on pense généralement que l'ouïe est plus objective que la vue car les ornithologues se disent souvent que "En ornithologie, l'oreille vient avant la vue, c'est elle qui doit guider, on doit entendre l'oiseau avant que l'oeil ne trouve la bonne hauteur."(Oiseaux du Sausset, Samedi 2 avril 2004 à 8h45 Jean-Noël Gauthier). En effet rien que au niveau des couleurs, sans prendre en compte la luminosité, plus il fait sombre, moins on voit bien les couleurs claires et plus le temps est découvert, mieux on voit les couleurs claires. Supposons néanmoins que l'on souhaite reconnaître un oiseau par sa couleur et que l'on ne sache pas la couleur réelle de l'oiseau quelle couleur voit-on lorsque la lumière traverse un filtre: rouge clair, gris clair?
Filtrerouge clair avec
R255, V128, B128
gris clair avec
R192, V192, B192
Couleurs
observées
1- rouge clair
2- rouge clair
3- rouge clair
4- rouge clair
5- rouge clair
1- gris clair R192, V192, B192
2- prune R192
3- lin R192
4- délavé R192 V192
5- délavé R192 V192
Couleurs
réelles
non vues
1-blanc R255 V255 B255
2-rose clair R255 V128 B192
3-rouge clair R255 V128 B128
4-orange clair R255 V198 B128
5-jaune clair R255 V255 B128

On peut certainement supposer que le langage parce qu'il est une forme dont les unités minimales d'où on part entretiennent des relations tout à la fois syntagmatiques, coréférentielles et paradigmatiques avec d'autres unités arbitraires ce qui permet aux linguistes de regrouper ces unités en unités de niveau hiérarchique supérieur et de construire une structure arborescente permettant d'expliquer le rôle de chaque unité dans une phrase, peut fonctionner comme un filtre qui permet à l'esprit de percevoir certains phénomènes du monde, que ce soit à travers des formes pleines, mots et concepts que le locuteur connaît parce qu'il les a déjà rencontrés sous une forme similaire, que le locuteur emploi en discours pour parler du monde, ou auxquels le locuteur se réfère quand il propose une pensée qui rentre dans un cadre connu de tous, ou à travers des formes vides, marqueurs grammaticaux déictiques, qui permettent au locuteur de faire savoir, tantôt au niveau de la phrase sur un plan linguistique, tantôt au niveau du récit sur un plan extralinguistique: Qui parle? A qui il s'adresse? A quoi il se réfère? A qui il se réfère? A quel moment du discours il est? Quand est-ce qu'il l'a dit? Bref, qu'est-ce qui permet de relier les acteurs des idées les uns aux autres? Et, qu'est-ce qui permet de relier les idées des acteurs les unes avec les autres?
Mais on peut surtout supposer que ce que le chercheur dit du langage parce qu'il apporte ses considérations sur la structure relative et cohérente du système qui permet à la forme invisible de son objet d'analyse de prendre une forme visible, peut être vu comme un type de raisonnement particulier, propre aux Sciences du Langage, qui n'est pas toujours connu des autres sciences, et qui n'est pas toujours définissable par le chercheur qui s'approprie de la méthode sans se poser la question sur comment celle-ci transforme la réalité qu'il étudie?
Noam Chomsky a proposé dans sa révolution trois nouveautés pour la linguistique d'un point de vue strictement méthodologique: une meilleure clarté dans l'exposition des faits linguistiques grâce à une notation abstraite et non ambiguë, la présence de la pluridisciplinarité dans la discipline car il est difficile de parler du langage si on ne choisit pas les méthodes des autres disciplines qui permettent de relier le structuralisme à une pensée qui permet de parler du langage en tant qu'objet, et le droit à chaque individu de faire une recherche comme la sienne, de proposer son propre modèle de langage, en s'inspirant de celui des autres tout en étant très auto-critique au sujet des généralisations.
Mais comme il n'y a pas de théorie linguistique connue permettant de définir le recul nécessaire quand on s'y met dans un projet holiste qui part de la forme générale des phrases pour accéder à leur contenu informatif, où tout est prosodie sauf la prosodie parce que l'on voit le contour des mots écrits mais pas le contour des mots entendus, comme les trois nouveautés que Noam Chomsky a proposé sont mal interprétées parce qu'il n'a aucun niveau en biologie, et que ses critiques qu'ils soient pour ou contre Chomsky ne le corrigent pas et s'enferment encore plus dans le non-savoir, comme ce non-savoir est difficile à déceler car il relève du factuel, or quand on parle de règles, de lois, de principes et de tendances, il n'y a pas de faits, mais des interprétations subjectives, et que le factuel relève de la vérité relative, de ce qui peut être débattu selon plusieurs points de vue, et que le subjectif relève de la vérité propositionnelle, de ce qui peut être re-défini selon plusieurs points de vue, il faut tout de même faire une réflexion sur la subjectivité en tant que langage, et aller au-delà du "cerveau-phénotype" de Noam Chomsky qui pourrait peut-être concerner plus le langage cellulaire que le langage humain ou animal.
J'invite le lecteur à partir des hypothèses de Noam Chomsky sur le langage humain, mon approche est assez critique, mais j'ai fait de mon mieux pour qu'elle ne soit ni banale ni péjorative. Je pense que Noam Chomsky n'a pas de conscience de fonder son analyse sur une identification entre son objet d'analyse, la langue et son outil d'analyse, la grammaire générative, tout ce qu'il sait c'est qu'il s'agit d'une démarche inhabituelle, qu'il essaye à tout prix de rattacher à sa conception lycéenne de la biologie générale de son époque, où le modèle électrique n'a pas encore fait son apparition, ou n'est pas utilisé, mais comme il ne se pose pas de questions sur en quoi consiste sa méthode, il n'arrive plus à faire la part des choses, la langue, la grammaire générative et le chercheur, le locuteur en lisant ou en écoutant cela se retrouve alors confondu dans une analyse subjective objectivable atrophiée. Ce problème n'est pas unique en sciences, si on étudie la prédation entre oiseaux, on se rend bien compte que beaucoup de gens ne font pas la différence entre leur outil d'analyse: le rapport de prédation, leur objet d'analyse: les oiseaux, et le chercheur qui se croit avoir le pouvoir d'empêcher la disparition des espèces en classant certaines espèces comme nuisibles et en les exterminant. Ce que je raconte concerne donc tout le monde puisqu'il s'agit d'un début de philosophie inachevée sur qu'est-ce que la subjectivité, ayant pour but une prise de conscience collective que si le "nous" doit rassembler ces 3 paramètres alors on ne peut pas déduire que 3=1 pour parler d'un seul paramètre, il faut trouver autre chose. Oui, je demande au lecteur de poursuivre ma pensée, et s'il n'est pas d'accord, de la critiquer, d'y réfléchir au moins une fois dans sa vie car il est important de ne pas avoir un point de vue unique et dominant sur le langage qui exclu tous les autres points de vue sur le langage et qui se range à l'avis des autres et du plus fort.
Mon but dans ce chapitre est donc d'écrire une petite philosophie inachevée sur la subjectivité comme méthode d'analyse scientifique avec tous les problèmes qu'elle pose.
La subjectivité suppose une désobjectivation de son objet d'analyse qu'il est difficile à tenir même par Noam Chomsky dans ce court extrait des conférences Whidden données à l'université McMaster en janvier 1975, chapitre 1, La capacité cognitive, p.11 à 23, tiré de CHOMSKY N., orig.1975, Réflexions sur le langage, trad. de l'anglais par Milner J., Vautherin B., Fiala P., Librairie François Maspero 1977, car il se laisse aller par les stéréotypes collectifs de son époque qu'il impose au lecteur, il laisse croire que la définition des unités linguistiques est donnée d'avance, il n'aide pas le lecteur à se mettre à sa place d'où le texte se symbolise très rapidement, et le lecteur doit alors se poser des questions sur ce que permet la vision d'un objet qu'on ne connaît pas ou très peu.


1- La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet
a) La fausse subjectivité objectivée par des stéréotypes collectifs


Le discours de Noam Chomsky est le premier discours en sciences à s'approcher de la désobjectivation de son objet d'analyse, de la mise en pratique de sa motivation personnelle à essayer de trouver dans tout langage des règles intrinsèques essayant d'expliquer son fonctionnement général et particulier, comme c'est le cas de la reconnaissance du chant des oiseaux en ornithologie, d'après Tarek Riabi pour pouvoir reconnaître le chant des oiseaux il y a une démarche personnelle à faire du côté de celui qui veut apprendre parce que l'oiseau ne peut pas vous être présenté dans un plateau. Mais il ne va pas jusqu'au bout de sa pensée libératrice pour chercher ce qu'il appelle p.12 les "principes abstraits qui gouvernent sa structure et son emploi", et s'enferme dans un fatalisme collectif épuisant puisque d'après lui tout langage est composé d'unités déjà segmentées au départ, il reprend le stéréotype collectif du XVIIIème siècle selon lequel p.16 des catégories comme ""la Cause, l'Effet, le Tout et la Partie, le Semblable et le Dissemblable, la Proportion et l'Analogie, l'Egalité et l'Inégalité, la Symétrie et l'Assymétrie". Toutes ces "idées relatives [relative ideas][...sont] non des marques extérieures imprimées sur l'âme, mais sa propre activité de conception, produite par elle lorsqu'elle enregistre les objets extérieurs"". (Op. Cit. Henri More, Antidote Against Atheism, cité par Lovejoy (1908), cité par CHOMSKY N., orig.1975, Réflexions sur le langage, trad. de l'anglais par Milner J., Vautherin B., Fiala P., Librairie François Maspero 1977, p.16)
En confondant l'intérieur avec l'extérieur, le terme "inné" se voit privé de sens tout en désignant cette confusion, il n'y a alors plus aucune raison de dissocier la mémoire psychologique du langage de la mémoire neurologique qui ne fonctionnent pas de la même façon, comme le fait Elisabeth Dubois, ou même de la mémoire génétique qui selon François Jacob serait très rigide. Il n'y a même plus aucune raison de parler comme Claude Kordon et Jean Pelmont d'un "langage cellulaire" puisque le langage est la cause de l'existence de la vie et non pas sa conséquence co-existante, soit les êtres sont dotés d'une "faculté de langage" soit ils ne le sont pas. D'ailleurs il se range à l'avis que p.12 "Pour un être qui n'y serait pas spécifiquement destiné, ce serait un exploit intellectuel remarquable que d'arriver à connaître une langue humaine."
Ce fatalisme collectif avec un essai raté de liberté se retrouve aussi lorsqu'il essaye dans un ultime espoir de rattacher le référent du concept de "langage" au concept de connaissance par l'intermédiaire de la proposition aliénante de Bertrand Russell p.13-14, aliénante et perdue dans un désert existentiel selon laquelle il faut se mettre à l'évidence que notre accès au savoir est restreint, prohibé, interdit par notre courte vie de mortels et que la seule façon d'y accéder c'est d'utiliser la "base de connaissances préexistante", préétablie dans notre cerveau, qui nie éperdument que le savoir a une histoire et que c'est pourquoi certains hommes sont immortels. En disant que la vie des hommes est éphémère, donc que leur expérience est limitée, sous-entendue leur accès au savoir comme s'il fallait à chaque fois redécouvrir l'héliocentrisme littéralement, or -étonnement- les hommes ont des connaissance étendues, donc soit ces connaissances sont possibles parce que la perception accède à la connaissance des universaux par des cas particuliers selon la tradition classique soit notre accès à la connaissance est inductif. J'aimerais remarquer que, aucun auteur ne devrait dire à son public ce qu'il éprouve à l'égard de son argumentation, il doit le faire sentir à travers son argumentation car autant d'après une conférence de Matthieu Valette la fonction du "nous" est de rassembler un public, autant des phrases comme "Cette tentation de l'abattement, vous l'avez certainement constatée par vous-même" (La France a besoin de la Sainte Vierge: une campagne de la TFP!) sont typiques du langage sectaire qui cherche à déprimer encore plus le lecteur qu'il ne l'est déjà pour l'inclure dans son propre groupe qui est le seul à pouvoir le sauver, ici la "Société française pour la défense de la Tradition, Famille et Propriété - TFP" et à ne recruter que ceux qui partagent le même sentiment dépressif, en excluant du débat dépressif tous les autres, et la seule chose qui puisse vraiment sauver le lecteur ou l'auditeur et lui redonner le moral est une bonne argumentation car le locuteur a le droit de choisir les arguments avec lesquels il est d'accord et ceux avec lesquels il n'est pas d'accord, et d'associer à certains arguments tous les sentiments qu'il veut: l'amour, la haine, la colère, la surprise, l'embarras, la déception, etc... Et ces sentiments peuvent être proposés mais ne doivent pas être forcés dans un discours scientifique.
Mais il faut encore essayer de se libérer l'esprit. Or à l'époque (1959) circulait un texte intitulé: Ce que les yeux de la grenouille dit au cerveau de la grenouille, de J.Y. Lettvin, H.R. Maturana, W.S. Mc Culloch et H. Pitts sur la vision de la grenouille qui lorsque lu par des gens dont la courte vie éphémère, particularisée, limitée n'a pas permis d'apprendre, de "connaître" les fondements de la neurologie, provoquait des hallucinations collectives. L'article n'a rien d'étonnant ni de désarmant en soi, c'est peut-être la distance énonciative entre le contenu informatif de l'article et le public auquel il était présenté qui faisait de l'effet et engendrait le partage de cet effet. Et comme le concept de stimulus-réponse d'un point de vue objectif ne peut pas être calqué sur une fixation à propos du nom des composantes externes dans toute schématisation du système nerveux mais, peut être calqué sur le niveau d'analyse des fibres nerveuses lorsque les fibres afférentes rencontrent directement les fibres efférentes ce qui nous permet de considérer au niveau des fibres que le message ne peut emprunter qu'un seul chemin possible. C'est peut-être de là que vient la féroce opposition de Noam Chomsky au fait que p.18 "Les personnes les plus novatrices sentaient que, pour rendre pleine justice à ces capacités, on devrait peut-être postuler des petits s et des petits r dans le cerveau le long des grands S et des grands R qui étaient ouverts à l'inspection immédiate, mais cette extension n'était pas incompatible avec le tableau général.", en effet les auteurs remarquent à propos du schéma de l'organe visuel de la grenouille que p.253 "The detail of ending is not known" [Le parcours final des voies efférentes n'est pas connu], d'où ils ont relié directement sur le schéma les voies afférentes aux voies efférentes au niveau du toit optique.


L'organe sensoriel a pour rôle d'acheminer le message vers une aire cérébrale qui l'analysera et informera les autres aires adjacentes de sa décision. Ainsi chez l'homme les neurones font relais sur le toit optique avant de transmettre le message au cortex cérébral. C'est très bizarre que ce soit directement relié à la moelle épinière chez l'amphibien grenouille, il doit sûrement s'agir des voies descendantes qui lui informeront de la direction à prendre. Mais le traitement réel ne peut pas être aussi direct car le rôle du système nerveux central est d'être un intermédiaire entre l'organe sensoriel et les organes moteurs tant pour l'homme que pour l'animal.
Et Noam Chomsky veut tout de même retrouver dans la vision quelque chose de linguistique. Pourquoi pas? Il cite Gregory (1970) pour qui p.17 " il doit exister une "grammaire de la vision" un peu comparable à celle du langage humain, avec laquelle elle a peut-être des liens dans l'évolution de l'espèce." mais ne va pas jusqu'au bout de sa pensée en argumentant qu'il existerait un point de vue seul et unique en sciences naturelles qui jusqu'ici empêche de considérer le développement physique comme fonctionnant de la même manière que le développement mental et vice-versa et au lieu de conclure qu'il pourrait y avoir un langage au niveau anatomique, il préfère au contraire retenir l'allégorie du développement p.18 "De l'embryon à l'organisme adulte, il existe un schéma de développement prédéterminé dont les étapes, telles que le début de la puberté ou la fin de la croissance, se trouvent différées de plusieurs années." et l'appliquer au langage, ainsi, au lieu d'appliquer sa théorie du langage à l'anatomie, il préfère donc appliquer cette théorie sur l'anatomie au langage, et laisser l'opposition entre "la faculté du langage" et la faculté de vision telle qu'elle, sans rien y changer.
En conclusion, son apport est très contraint par les stéréotypes de l'époque dont logiquement il ne saurait s'en passer. Et pour tirer pleinement profit d'une perspective subjective à propos du langage, il faudrait peut-être commencer à faire la liste des contraintes à chaque démarche analytique afin d'éviter de se bloquer sans savoir sur un point fixe à propos de son objet d'analyse. A première vue la subjectivité permet au chercheur de donner une identité à son objet d'analyse en le dissociant de lui-même, de son stéréotype conventionnel, ce que ne permet pas l'objectivité qui ne peut à chaque fois qu'estimer une seule qualité de son objet d'analyse et en déduire qu'il s'agit d'une parmi une infinité, un vaste océan, alors pourquoi ne pas faire comme Benoît Habert et se dire qu'il est mieux d'utiliser plusieurs outils d'analyse pour mieux cerner les propriétés de son objet? Et pourquoi pas utiliser plusieurs outils d'analyse pour redéfinir plusieurs fois le même objet d'analyse afin d'obtenir un objet trouble, nébuleux dans toute sa dimension subjective objectivable?


1- La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet
b) La relativité des unités qui composent le langage


Cela est mon point de vue sur ce qui pourrait enfermer le raisonnement du chercheur à l'intérieur de lui-même en raison de la façon dont l'émergence des sciences modernes s'est faite non pas du point de vue de l'histoire qui est positive et causale mais du point de vue de l'épistémologie des sciences qui montre la structure des décalages horaires.
Lorsque l'outil d'analyse éclipse partiellement ou totalement l'objet d'analyse devant notre regard, telle la lune éclipse le soleil devant nos yeux, on peut considérer que la vision que l'on a de notre objet d'analyse est subjective, même si l'éclipse est externe à celui qui la voit.
Lorsque l'outil d'analyse nous permet d'estimer une qualité de notre objet d'analyse, telle une montre numérique nous permet d'estimer l'heure du fuseau horaire sur lequel on se trouve, on peut considérer que la vision que l'on a de notre objet d'analyse est objective, même si l'heure occulte le fuseau horaire sur lequel on se trouve car ni nous ni la montre n'avons nécessairement besoin de connaître le fuseau horaire où nous sommes pour pouvoir lire l'heure.
Lorsque le chercheur à la fin de son étude objective en guise de conclusion déduit que le tout est la partie, il est conduit et conduit temporairement les autres chercheurs à une impasse psychologique qui ne permet à personne de voir l'intrication de cette partie avec les autres parties du tout non étudiées par le chercheur.
De même lorsque le chercheur dans son analyse subjective au début de son étude commence par fonder son point de vue sur une inévitabilité sociale, il fortifie l'impasse sociale à ne pas voir d'autres inévitabilités similaires ayant pu concourir aux mêmes conclusions.
Donc l'objectivité finit souvent par un blocage psychologique à propos de son objet d'analyse de la part du chercheur et la subjectivité commence souvent par une convention sociale opaque représentée par le chercheur.
De plus la subjectivité et l'objectivité ne sont ni des concepts mathématiquement complémentaires ni diamétralement opposés, ils ont chacun leurs lois. La subjectivité permet une identification entre l'outil d'analyse et l'objet d'analyse:"outil d'analyse=objet d'analyse" mais laisse une grande marge d'appréciation à celui qui observe le phénomène, le "je" a ici l'occasion de dire "je suis d'accord avec cet outil", "je ne suis pas d'accord avec cet outil", car il n'est pas impliqué dans le problème qu'il étudie. Alors que l'objectivité permet une identification du chercheur avec son outil d'analyse, "je=outil d'analyse", mais l'objet d'analyse devient à son tour subjectif puisque c'est l'estimation d'une de ses qualités qui le représente par métonymie.
Alors pourquoi on confond l'outil d'analyse et le chercheur quand on fait une analyse objective? Parce que cela permet à la fois au chercheur d'être extérieur à son objet d'analyse et de permuter des outils d'analyse concomitant à un but étudié, mais son but étudié est limité par la relation de conséquence entre le choix des outils et leur usage ou ce qu'ils servent à prouver.
Et pourquoi on confond l'outil d'analyse et l'objet d'analyse lorsqu'on fait une étude subjective? Parce que cela permet à la fois au chercheur d'ajuster à volonté le rapport entre l'outil d'analyse et l'objet d'analyse puisque à première vue le "je" est libre parce que également extérieur à son objet d'analyse, ce qui n'est pas vraiment le cas puisque à un deuxième niveau, on retrouve un degré d'objectivité qui limite le "je" par les manoeuvres qu'il a le droit de faire à l'intérieur de son environnement, par exemple si son environnement c'est Turbo Pascal, un programme informatique, il ne pourra pas l'utiliser pour faire des pages .html comme le fichier texte le permet.
La description d'un objet d'analyse devient fixiste, lorsque il faut changer d'outil d'analyse, tant au niveau de l'objectivité que au niveau de la subjectivité, car adopter un point de vue objectif implique de n'utiliser qu'un seul outil d'analyse et de le changer si nécessaire, alors qu'adopter un point de vue subjectif implique de faire rencontrer plusieurs outils d'analyse opposés. L'objectivité permet la révolution, la subjectivité permet l'accumulation de savoir, et le recul permet d'adopter une position ou l'autre en fonction de la situation, et non pas de prendre une position pour l'autre comme le fait Noam Chomsky. Le problème de la subjectivité et de l'objectivité est incontournable à cause du caractère subjectif de la notion de règle, qui peut être prise dans un sens ou dans l'autre et à cause du problème de la décomposition du langage en sous-unités. Bien entendu, rien n'empêche d'avoir un point de vue objectif mais quand il s'agit de décrire, de formuler des lois, c'est la métaphore, le point de vue subjectif qui crée la formule métalinguistique en toute conscience. Et tant qu'on ne peut pas trancher si c'est le pluriel en langue qui impose le -s en grammaire, ou si c'est le -s à l'écrit qui impose le pluriel à la lecture, si le -s se réalise comme morphème plein à l'écrit ou comme le morphème zéro dans sa production orale, si le -s est le meilleur représentant collectif du pluriel ou si le -s est à l'occasion une marque de pluriel tout comme le -ent, etc... On peut assurément dire que aucun Dieu, aucun gène, aucun neurone, aucune cellule, aucun tissu, aucun organe, aucune personne, aucun dictionnaire, aucune grammaire, aucune société ne peut fixer à l'avance, préétablir une règle de grammaire, parce que elle a plusieurs sens de lecture possibles en fonction du référentiel d'où on part.
La question ne se pose pas uniquement au niveau des règles d'agencement mais aussi au niveau de la reconnaissance sociopsycholinguistique des unités conceptuelles. Tous ces problèmes, Noam Chomsky ne se pose pas mais Ferdinand de Saussure les pose. D'après Ferdinand de Saussure p.149, la question des unités linguistiques en langue et en parole reste en suspens. Les linguistes n'ont plus aucune raison de croire que l'identité des unités linguistiques est donnée d'emblée par la grammaire normative ou par la langue. p.149 "La langue présente donc ce caractère étrange et frappant de ne pas offrir d'entités perceptibles de prime abord, sans qu'on puisse douter cependant qu'elles existent et que c'est leur jeu qui la constitue." (Op. Cit. Saussure (de) F., orig.1916, Cours de linguistique générale, Editions Payot & Rivages 1995, p.149)
Ferdinand de Saussure a pour ainsi dire une vision plus unitaire de la langue que Noam Chomsky puisqu'il compare l'identification des unités à l'identification des pièces d'un jeu d'échec p.149 et p.125-126 pour lesquelles chaque pièce a sa valeur en fonction de sa position momentanée dans le système, de même "chaque terme de la langue a sa valeur par opposition à tous les autres termes" à un moment donné p.126 et sa conception du tout se rapproche de celle de Oliver Sacks qui présente p.30 dans l'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau, un patient dénommé le docteur P qui est capable de décrire un gant comme une surface continue repliée sur elle-même, ayant l'air d'avoir cinq excroissances mais qui n'est pas capable de dire qu'il s'agit d'un gant parce qu'il souffre d'une agnosie visuelle au niveau du lobe occipital gauche alors qu'un enfant n'aurait pas recours au stéréotype pour essayer de reconnaître un objet mais verrait immédiatement un gant, une parenthèse, comment ne pas voir dans cet exemple que le tout est plus que la partie et que le tout est le lieu de rencontre d'une multitude de parties, sans cela on pourrait vite conclure comme Ruth Amossy que l'accès rapide à des données concernant ce que l'on voit mais qu'on ne connaît pas se fonde inévitablement sur des stéréotypes parce que ils sont ce sur quoi se fonde le raisonnement lorsque les sens, les connaissances empiriques, ne permettent pas d'appréhender directement l'objet dans sa totalité, cela chez un individu non pathologique p.36 "Que les images toutes faites de la collectivité sous-tendent nos réactions et nos comportements, c'est ce que prouvent aisément les anecdotes les plus ordinaires. Ayant eu dernièrement à changer un billet d'avion fait à l'ordre du Dr Amossy dans les bureaux d'Air France, je me suis à plusieurs reprises fait prendre pour la secrétaire du dit "docteur", qui ne pouvait manifestement avoir l'allure d'une femme à la chevelure blonde et au teint hâlé! La situation est plus difficile encore lorsqu'il y va de notre relation aux membres d'un groupe étranger, avec lequel nous n'avons pas, ou peu de contacts directs. Privés de connaissances empiriques, nous nous en remettons à des sources de seconde main et assimilons les images léguées par la tradition." (Op. Cit. Amossy R., orig.1991, Les idées reçues, Sémiologie du stéréotype, Nathan 1991, p.36) alors que le stéréotype en tant que p.33 "schème toujours variable dans sa formulation que le destinataire doit reconstruire pour qu'il accède à l'existence", à la référence, appartenant à la parole, ne peut être relié à la connaissance s'il ne peut être en l'occurrence assimilé visuellement à quelque chose, ici un gant, et enferme l'être dans un désir fixiste, en l'occurrence le docteur P qui a sûrement d'une façon ou d'une autre en mémoire le concept de "gant" tout comme il a le concept de "surface continue repliée sur elle-même" et le concept d'"excroissances" mais dont le référent visuel externe ne peut être accédé directement par sa vue, il a une lésion, c'est à dire un trou au niveau de son lobe occipital gauche d'où le docteur P ne voit pas le gant, il ne voit qu'une énigme, qu'une anecdote: "Qu'est-ce qui a une surface continue repliée sur elle-même avec 5 excroissances?" Ainsi ce "nous" dont la perception fonctionnerait avec des stéréotypes, que ce serait uniquement avec cela ou avec cela et/ou d'autres concepts est fondamentalement faux, il s'agit d'une théorie fausse parce que d'après moi le stéréotype n'est pas capable de voir intérieurement le référent sans la vision. Le tout n'est pas réductible à la partie et aucun composant n'a de fonction isolée, de fonction en soi, sans les autres. De quoi contredire la phrénologie pour laquelle toute aire cérébrale a une fonction à cause d'elle-même. Donc le concept de valeur pour identifier les unités de la langue par opposition aux autres unités, comme si les unités isolées n'avaient pas de fonction en soi est bien plus unifiant que si on part d'un système figé qui présuppose la préexistence des unités isolées.


1- La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet
c) Le symbole dans l'argumentation


Avec un souci immense d'être dans la modernité, Noam Chomsky est véritablement le premier linguiste pour l'histoire à considérer que p.21 "le développement du langage est analogue à la croissance d'un organe physique" (CHOMSKY N., orig.1975, Réflexions sur le langage, trad. de l'anglais par Milner J., Vautherin B., Fiala P., Librairie François Maspero 1977, p.21), considération fausse car Noam Chomsky ne connaît ni le référent du mot "développement" ni celui du mot "organe", il ne sait pas employer ces mots en discours à l'égal de Saussure qui sait les mettre dans une phrase p.19 "Grâce à eux, on ne vit plus dans la langue un organisme qui se développe par lui-même, mais un produit de l'esprit collectif des groupes linguistiques", alors que Saussure s'en sert des mots "organisme" et "développe" afin de faire allusion à la séparation entre linguistique comparative et histoire de la linguistique pour défendre que le mérite des linguistes W.Braune, E. Sievers, H. Paul, le slaviste Leskien, etc. fut de placer les résultats de la comparaison des langues dans la perspective historique, il faut voir dans la révolution de Noam Chomsky une représentation métaphorique de la métaphore du développement telle qu'elle se pose à l'époque et non la représentation métaphorique de l'état de l'histoire de la linguistique de 1816, date de l'ouvrage intitulé "Système de la conjugaison du sanscrit" de Franz Bopp à 1875, date de l'ouvrage intitulé "Vie du langage" de l'américain Whitney.
De plus en essayant de faire le mieux possible coïncider son discours en faveur d'un innéisme modéré, plus humain et moins raciste que ses versions anciennes qui légitimaient l'inégalité et non pas l'égalité génétique entre les êtres humains, par l'intermédiaire de la métaphore métaphorisée du développement, avec la version authentique des faits scientifiques tels qu'ils étaient conçus à son époque il s'est exposé à des difficultés linguistiques sur comment conserver l'identité des concepts anciens lorsque on les reprend dans un nouveau récit? Le concept de "gène" qui équivaut en son temps au concept d'"organe" qui auparavant s'appelait le "tissu", qui plus tard s'appelait le "neurone" et qui maintenant s'appelle à nouveau le "gène" correspond pour un oeil actuel à la représentation symbolique de la matière vivante, une représentation dont l'identité, la mise en relation toute nouvelle depuis Noam Chomsky avec le langage (langageU+matière vivante) a pu faire bouger des montagnes car ce n'est pas le nom, ni son signifié, ni son signifiant qui compte mais ce qu'il désigne, ce qu'il produit dans la société, et même si le symbole est une réalité sociale, et une pure fiction au niveau linguistique puisque il correspond à un référent hyperbolisé, épris de fidélité, relié complètement par une liaison covalente aux faits de son époque mais pas aux faits de la notre, "On peut parler de réduction de proportion ou d'amplification d'évènements à la suite d'un temps écoulé, c'est à dire d'un nombre indéfini de récitations transformées, mais non de symbolisation à un moment quelconque" (Op. Cit. SAUSSURE (DE) F., 2003, L'Herne, [La légende de Sigfrid et l'histoire Burgonde], p.376), il aurait pu faire une interprétation questionnée des faits pour qu'on puisse se placer dans le point de vue de son époque où le langage n'était que considéré comme une production externe par la linguistique et où l'innéisme n'assurait pas l'égalité de tous face à l'enseignement du langage parce que pour Noam Chomsky tout enfant normal possède la faculté de langage, d'apprendre une langue humaine quelqu'en soit ses potentialités.
En étant le premier à mettre en relation le langage avec une représentation symbolique de la matière vivante, représentation doublement symbolique parce que Noam Chomsky sait ce qu'il veut dire mais ne connaît pas le référent des mots qu'il emploi, par exemple la relation entre le mot "stimulus" qui à l'époque où on lui enseigna la biologie impliquait probablement la capacité d'un organisme à réagir à un stimulus vu sous l'angle de la dichotomie entre les organismes qui possèdent un système nerveux et ceux qui n'en possèdent pas, et le concept de développement qui à l'époque ne désigne pas ce qu'il raconte mais l'inverse, d'après Noam Chomsky si les individus d'une même communauté linguistique parlent la même langue et que aucun d'entre eux n'est fait pour parler une langue plutôt qu'une autre, et que les enfants de cette communauté apprennent soi-disant facilement cette langue, c'est qu'il existe une faculté de langage, une connaissance préétablie permettant à l'espèce d'accroître d'une façon ou d'une autre ces connaissances préétablies donc p.21 "L'idée de considérer que le développement du langage est analogue à la croissance d'un organe physique est donc parfaitement naturelle et plausible."
Or à l'époque il s'agissait de préétablir un organe pour expliquer ses propriétés et non pas d'expliquer les propriétés d'un organe pour le préétablir, car cela permet de relier la métaphore du développement à la métaphore de l'évolution et donc de ne pas couper du monde l'analyse puisque depuis Darwin, prendre en compte les altérations du génome dans le temps est la seule façon d'expliquer l'absence de fixité des espèces vivantes et cela permet d'éviter l'illusion d'optique selon laquelle une mer serait un lac sans vagues. Quand G. Canguilhem, G. Lapassade, J. Piquemal, J. Ulmann disent dans Du développement à l'évolution au XIXème siècle p.3 que "Tenir la génération pour un simple développement (evolutio), c'est identifier génération et agrandissement, ou déploiement selon les trois dimensions de l'espace. C'est réduire la formation apparente à l'exhibition progressive d'une préformation.", ils défendent la position de leur époque en disant que les lois de l'évolution des espèces ne correspondent pas aux lois du développement des espèces mais incluent les lois du développement des espèces, tel l'histoire inclut la période historique. Et quand Noam Chomsky dit p.18 "Personne ne prendrait au sérieux une proposition qui dirait que l'organisme humain apprend à travers l'expérience à avoir des bras plutôt que des ailes, ou que la structure de base d'organes particuliers est le résultat d'expériences fortuites.", pour proposer volontairement le contraire, pour expliquer les propriétés d'un organe _ la faculté de langage, afin de la préétablir, il n'a pas tord mais aucune théorie n'est prête à accueillir de tels propos car les accueillir sans théorie implique de se couper du reste du monde. Et ce n'est pas en s'isolant des autres sciences qu'une science peut avancer. La non prise en compte de la dimension historique, ou de toute autre dimension équivalente avec une consistance physique et sans bornes pouvant évaluer comme une loupe la taille des lettres en divisant la taille de ce que l'on voit par le grossissement, la marge d'erreur d'un système homogène clos parlant d'un système hétérogène altérable a souvent été critiqué à la grammaire générative, notamment par Claude Hagège p.131 et p.197 qui a attribué ce défaut à la logique formelle alors qu’il n’en est rien, et ce n'est pas un problème restreint à la grammaire générative mais étendu à la formalisation de tout système vivant comme si la propriété de ces systèmes vivants était de ne pas avoir d'origine ni de fin tout en contenant des unités pouvant apparaître et disparaître dans le temps.


1- La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet
d) L'effet de nouveauté


Etant le premier chercheur retenu par l'Histoire à avoir symboliquement confronté la représentation symbolique de la matière vivante avec le langage, Chomsky fut pareil à Leewenhoek le premier à observer dans le microscope des animalcules qui bougent dans une goutte d'eau. Il en a d'ailleurs conclut la même chose que Leewenhoek: c'est la preuve que la nature est très généreuse avec l'homme mais il n'y a aucune façon de relier ces animalcules avec le reste du monde vivant d'ailleurs tout le monde crierait au scandale! Cela s'appelle l'effet de nouveauté. L'histoire de Leewenhoek est rapidement racontée dans l'ouvrage de François Jacob, La logique du vivant, p.23.
Le problème de l'effet de nouveauté se pose un bout de temps après le problème de la visibilité théorique, quand on est le premier à voir quelque chose, certes au moment où on la voit, ce qu'on voit est vrai, mais le temps passant, ce qu'on croyait voir devient un jour plus du tout vrai car ce qu'on croyait être l'essentiel, n'est plus l'essentiel, celui qui voit le premier ne peut pas voir l'essentiel, il ne voit que ce que ses yeux croient voir et que son époque le permet. La vision première permet au chercheur de motiver la relation entre l'objet d'analyse et son référent en langue, c.a.d. son nom de baptême ou sa définition conventionnelle, et la vision seconde permet au même chercheur ou à d'autres chercheurs de détendre le lien entre l'objet d'analyse et son référent en langue, c.a.d. son nom de baptême ou sa définition conventionnelle. Ainsi lorsque dans un premier temps Noam Chomsky choisit de baptiser son objet d'analyse de p.22 "faculté du langage", à la fois pour glorifier p.16 le stéréotype collectif de l'insécabilité de l'être au XVIIIème siècle qui suppose que les idées relationnelles ne sont pas un fait de culture mais un fait de nature, le stéréotype du monde plat qui ne peut être appréhendé que par des relations oppositives et qui angoisse tellement Bertrand Russel p.13-14 qui n'arrive pas à voir la fin de l'horizon à chaque fois qu'il avance, ce qui relie le lecteur à une époque et une culture révolue qui avait ses problèmes de perception puisque Noam Chomsky nous apprend que il n'a trouvé autour de lui que de la pensée empiriste comme je n'ai trouvé autour de la neurolinguistique que de la pensée sectaire, et pour glorifier sa rupture avec l'ancien empirisme en proposant p.18 que c'est à travers l'expérience qu'on apprend à se servir de ses sens, à "avoir des bras plutôt que des ailes", c'est tout cela que signifie le nom de baptême "faculté de langage", d'où le lecteur a le mal du siècle, le mal de mer théorique, parce que le temps a passé plus vite dans les autres sciences et a rendu ce type de raisonnement archisymbolique. Mais vous croyez vraiment qu'il existe un concept dans les autres sciences dont la perception n'a pas été à l'origine? Vous croyez vraiment qu'on voyait les pinsons avant que Darwin ne les voit?
Mais le temps passant, ce que l'on croyait voir, être ouvert directement à l'introspection, être l'objet d'analyse, devient un jour plus du tout vrai, ainsi tout comme ce que Leeuwenhoek vit dans le microscope étaient des gamètes mâles pouvant se déplacer, ce que Noam Chomsky voit dans l'insécabilité de l'être au XVIIIème siècle est une compétence couvrant sur un plan externe la mémoire psychologique et le support neurologique, mais le temps passant, ce que l'on croyait être des gamètes mâles bougeant dans une goutte d'eau, ou une compétence couvrant sur un plan externe la mémoire psychologique et le support neurologique se sont révélées être tout autre chose, ainsi le nom de baptême de "animalcule" aujourd'hui ne désigne plus des gamètes mâles mais des bactéries puisque elles aussi peuvent avoir des flagelles ou des cils et se mouvoir dans l'eau, et le nom de baptême de "faculté de langage" ne désigne plus une compétence couvrant sur un plan externe la mémoire psychologique et le support neurologique mais un objet qui d'un point de vue subjectif peut revêtir plusieurs identités possibles, qui d'un point de vue objectif est la condition de l'accès à toute forme de connaissance par les trois règnes: minéral, végétal et animal.
Pour ce qui est du règne minéral, les règles de réécriture n'étant pas le propre du règne minéral car ce qui distingue précisément un faux diamant d'un vrai diamant réside dans l'imperfection de sa structure moléculaire et la présence de bulles gazeuses dans sa structure appelées impuretés. Mais le propre de tout organisme capable d'idéaliser la structure moléculaire d'un diamant ou toute autre structure imparfaite comme la syntaxe ou le continuum mathématique afin de pouvoir repérer lors d'échanges répétés des segments organisés selon un stéréotype spatial défini d'avance. Les règles de réécriture ont donc la fonction sociale d'idéation de la disposition spatiale des parties d'un tout, or au jour d'aujourd'hui le règne minéral ne possède aucune forme d'idéation et donc ne peut pas accéder à un langage par l'idéation. D'où les programmes informatiques ayant un langage idéalisé n'appartiennent pas au règne minéral, ils ont leur propre règne que j'appellerais règne des programmes informatiques, ne connaissant pas l'informatique.
Donc le règne des programmes informatiques peut posséder plusieurs facultés de langage co-existantes à condition que l'on applique comme Noam Chomsky, de façon erronée, la métaphore du développement au langage, ce qui permet de définir la faculté de langage du règne des programmes informatiques comme ce qui grâce à des stimuli externes et répétés et une compétence innée pour reconnaître ces stimuli permet de générer un nombre infini de phrases à partir d'un nombre fini de phrases, puisque d'après Noam Chomsky p.22 "La faculté de langage, quand elle est stimulée de façon appropriée, va construire une grammaire, le sujet connaît la langue engendrée par la grammaire qui a été construite".
Mais il faut savoir que si on appliquait le langage à la métaphore du développement, cela ne donnerait sûrement pas lieu d'après moi et François Jacob, p.17 lorsque ce dernier parle de l'ADN en tant que double séquence de nucléotides, à une faculté de langage préétablie par le programmeur pouvant être modifié à volonté par celui-ci car "dans un programme magnétique, l'information s'ajoute ou s'efface en fonction des résultats obtenus; la structure nucléique au contraire n'est pas accessible à l'expérience acquise et reste invariante à travers les générations. Les deux programmes diffèrent aussi par leur rôle et par les relations qu'ils entretiennent avec les organes d'exécution. Les instructions de la machine ne portent pas sur ses structures physiques ou sur les pièces qui la composent. Celles de l'organisme, au contraire, déterminent la production de ses propres constituants," lors de la synthèse des protéines, si on ne considère pas la théorie du développement du point de vue de la génération mais de la participation à l'entretien du corps dont elle n'assure pas seule la fonction, lorsque l'organisme fabrique ses propres protéines en tant que complément des protéines apportées par la digestion des nutriments, même si je ne saurais dire de quel type de complémentarité cela relève.
Pour ce qui est du règne végétal et animal, cet accès permet de considérer en plus de l'interaction avec le monde extérieur, une hiérarchie anatomolinguistique à l'intérieur de l'individu de chaque règne dont la présence d'une faculté de langage à chaque niveau hiérarchique se manifeste souvent en co-présence avec d'autres facultés de langage. Le point commun étant cette co-présence qu'avait prédit Benoît Habert en supposant qu'il faut savoir se servir de plusieurs outils d'analyse pour expliquer un langage. Mais est-ce la reconnaissance d'une unité comme ayant la même valeur ou comme étant identique à elle-même par approximation que les règles de réécriture permettent?


1- La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet
e) La récursivité et la reconnaissance d'une unité ou la délimitation d'une unité


Finalement en supposant comme précédemment que pour tout cas pathologique le tout n'est pas réductible à la partie intacte et la partie manquante n'a pas de fonction isolée, de fonction en soi, puisque sa valeur est donnée par sa co-existence avec la partie intacte, que penser de l'idéation dans le cas d'un objet peu connu au point de ne pas être reconnu par le patient sain ou pathologique?
Par exemple, le 17 Juillet 2005 je suis allée avec ma famille à Bürgenstock près de Luzern en Suisse, on a marché au long du Felsenweg où je n'ai pas vu d'oiseau, puis on a prit l'ascenseur vers le pic de Hammetschwand qui culmine à 1128mètres, d'après un dépliant, en bas, le lac de Luzern également appelé Vierwaldstättersee est à 434mètres au-dessus du niveau de la mer, toutes les villes autour y compris Luzern et Bürgenstock sont estimées à 435mètres au-dessus du niveau de la mer. Auparavant, j'avais remarqué à Luzern qu'il y avait un petit oiseau qui ressemblait au moineau domestique, mais ce n'était pas le moineau domestique, et pourtant il avait la calotte grise. Je ne savais pas comment le reconnaître car je suis encore novice en ornithologie. Mais ce n'était pas non plus possible que ce soit le moineau friquet, parce que celui-ci a la calotte rousse et celui-là avait des couleurs plus foncées bien qu'il avait aussi du noir et du blanc sur les ailes en plus grande quantité. Je l'ai revu ensuite à 1128mètres et je l'ai entièrement schématiquement dessiné pour chercher plus sagement la référence dans deux petits manuels illustrés, l'un en français, l'autre dans une langue non connue, l'allemand, avec des photographies bien qu'en ornithologie ce soit préférable d'avoir un manuel avec des dessins plutôt que des photos car sur les dessins c'est plus le stéréotype et moins l'individu qui y est représenté, et les oiseaux présentent au niveau de leur plumage des divergences à cause de l'effet de l'éclairage, de la mue, des divergences interindividuelles ainsi que des différences dont chacun interprète personnellement ces couleurs ayant des textures de plumes, incomparables avec celles produites par le crayon à papier. Mais les photos des manuels me fournissaient une image mentale qui n'était pas la même de celle que me fournissait l'oiseau, et le degré de corroboration entre toutes les images mentales et l'image mentale que je me faisais de l'oiseau était nulle.


J'appelais alors Tarek Riabi pour lui demander quel est cet oiseau qui ressemble à un rouge-gorge avec du noir sur les yeux et du noir et blanc sur les ailes dont je songeais qu'il s'agissait d'une espèce de moineau non figurée dans mes deux petits guides illustrés avec des photos. Il finit par me suggérer que c'était le pinson. Dès lors je vis dans la photo du pinson du manuel en français, les pinsons que j'avais vu la veille et je pu le reconnaître! Reconnaître une espèce qu'on ne connaissait pas avant cela s'appelle voir une coche d'après Tarek Riabi. Et il existerait aussi des gens qui sont des cocheurs, qui ne font de l'ornithologie que pour cocher des espèces qu'ils ne connaissaient pas avant. Après je me suis rendue compte que sur le manuel en français, la calotte était bleue et pour moi elle était grise, le front était noir et pour moi le noir allait jusqu'après les yeux comme un masque, la poitrine était vermeille avec une zone orange derrière le vermeil alors que pour moi ce n'était que la gorge qui était orange et il était photographié de profil ce qui ne montrait pas l'alternance: b-n-b-g-b-n-b (b=blanc, n=noir, g=gris) de la queue que j'avais dessiné, le seul critère positif de corroboration était celui dont je ne m'étais pas focalisé car trop banal pour le stéréotyper, l'emplacement des bandes noires et blanches sur les ailes. Est-ce vraiment les règles de réécriture qui permettent de reconstituer mentalement un objet?
D'une part supposons que l'on peut définir les règles de réécriture par rapport au réel comme ce qui a une fonction de localisation des objets dans l'espace perceptif qui dans le cas du continuum mathématique aurait théoriquement besoin de la ligne à une dimension pour définir les chaînes à deux ou plusieurs dimensions en fonction du nombre de coupures, du nombre d'éléments à chaque fois que deux ou plusieurs points du continuum mathématique sont perçus comme identiques selon Henri Poincaré dans La science et l'hypothèse, Chapitre II La grandeur mathématique et l'expérience, p.48-49-50.


Mais il n'est pas possible ni d'un point de vue neuropsychologique, ni d'un point de vue mathématique, ni d'un point de vue linguistique de fonder la reconnaissance d'un objet (3D) sur la localisation d'un objet (1D), ou soit un objet à trois dimensions sur un objet à une dimension.
La théorie selon laquelle les règles de réécriture nous permettraient de reconnaître immédiatement des objets connus, peu connus, ou inconnus, en les reconstituant, en les reconstruisant grâce à elles dans notre âme est une aporie actuellement totalement démontrable.
Tout d'abord, au niveau neuropsychologique, l'essai de reconnaissance d'un objet n'est pas une stratégie saillante adoptable par les patients qui selon Alan Baddeley p.127 sont incapables de localiser un objet dans l'espace pour essayer par exemple d'attraper un couteau, de porter une cuillère à sa bouche, de décrire la position d'un objet à la maison ou d'indiquer une ville sur une carte même s'ils sont capables de reconnaître le couteau, la cuillère, l'objet ou la ville, ce qui infirme l'hypothèse selon laquelle la voie du "où" serait opposable à la voie du "quoi". Car l'emploi du mot opposition pour moi, nécessite l'existence d'une base commune de comparaison, par exemple: le phonème /p/ étant sourd et le phonème /b/ étant sonore, /p/ s'oppose à /b/ par le trait [-son], la base commune étant le trait de sonorité. D'où l'opposition en langue entre la voie du "où" et la voie du "quoi" ne correspond pas à l'opposition dans les faits et n'est fondée sur rien. La relation entre 1D et 3D n'est qu'un artifice mnémotechnique et ne correspond à aucune réalité neurologique dans les faits.
Cette opposition entre reconnaissance d'une unité et position d'une unité qui plus est fonde la reconnaissance d'une unité sur sa position n'a pas non plus de fondement théorique du point de vue logicomathématique d'après Henri Poincaré dans La Science et l'hypothèse (1902). Supposons que l'on fasse sentir à un individu un poids de 10g (A) et un poids de 11g (B), un poids de 11g (B) et un poids de 12g (C), un poids de 10g (A) et un poids de 12g (C), on remarque que la sensation tactile est multidimensionnelle, que la reconnaissance d'un poids ne se fonde pas sur un enchaînement parfait d'unités délimitables et extérieures les unes aux autres. Car l'individu dans l'exemple de Henri Poincaré p.40 ne fait pas la différence entre un poids de 10g et un poids de 11g (A=B) ni entre un poids de 11g et un poids de 12g (B=C) mais fait la différence entre un poids de 10g et un poids de 12g (A<C) car p.40 "l'imperfection de nos sens ne nous avait pas permis de les discerner" (Poincaré H., orig.1902, La Science et l'Hypothèse, Editions de la Bohème, 1992, p.40), et pourtant c'est nos sens qui nous intéressent, le multidimensionnel qui est également valable dans certains cas pour la vue lorsque le débutant en ornithologie ne sait pas distinguer le foulque (F) de la poule d'eau (P) mais sait les distinguer visuellement par exemple du pouillot véloce (V). Bien que la reconnaissance en ornithologie ne se base pas sur la vue mais sur l'ouïe et auxiliairement sur la vue.


Les mathématiques ne peuvent donc pas donner naissance aux sens car l'unidimensionnalité ne peut donner naissance à la multidimensionnalité, il ne s'agit là que d'un attribut de notation. Le continu physique au sens étymologique d'obéissance à une loi de la nature, pour Henri Poincaré celle de Fechner qui suppose que le nombre de potentiels d'action émis par un neurone augmente ou diminue en fonction du logarithme de l'intensité de stimulation, que "la sensation serait proportionnelle au logarithme de l'excitation" p.40 (La loi de Fechner racontée par Poincaré H., orig.1902, La Science et l'Hypothèse, Editions de la Bohème, 1992 , p.40) doit prendre en compte cette multidimensionnalité des sens pour décrire les sens comme quelque chose de mathématiquement indépendant du continuum mathématique puisque si l'on projette toutes les unités du continuum physique qui permettent la reconnaissance d'un objet sur une chaîne linéaire, on remarque qu'il existe au moins un terme du continuum physique qui n'est pas discernable d'un autre terme. Alors que si l'on projette toutes les unités du continuum mathématique qui permettent la localisation d'un objet sur une ligne linéaire, on remarque que tous les termes du continuum mathématique sont discernables entre eux afin qu'une unité puisse toujours être rajoutable à l'infini à une fausse collection d'unités en tant qu'unité physiquement et mathématiquement discernable.
Du point de vue linguistique, comment fonctionne alors la relation non concomitante entre les règles de réécriture à but localisationniste et la reconnaissance psychologique d'une unité linguistique sur le plan externe en supposant que le langage formel est un point d'observation possible à partir duquel on peut observer les lois du langage?
D'après Sylvain Kahane, on appelle grammaire formelle un système comprenant une catégorie initiale S, un vocabulaire V, des catégories grammaticales Cat, et un ensemble fini de règles de réécriture R permettant de générer un ensemble fini ou infini de mots. Une phrase étant juste un grand mot avec des blancs. D'après Marcel Cori, pour rédiger correctement une grammaire formelle il faut séparer les règles qui donnent des relation de subsomption D → "le", N → "langage" des règles qui donnent des relations de constituance GN → DN parce que d'après le polycopié Analyse Syntaxique Automatique (2006), p.11 "Si les règles de réalisation lexicales étaient intégrées dans les grammaires, elles seraient nécessairement nombreuses, leur nombre étant même non limité." et de plus ces 2 types de règles ne sont pas de même nature.
Alors si on prend un mot dans ces 3 langages:
♦nombre: 1981
♦grive musicienne: pipit pipit pipit pipit
♦humain: le langage est le
On se rend compte que pour faire jouer les règles de réécriture, il faut un savoir préalable sur le fonctionnement de chacun de ces langages. Il faut s'immerger dedans. Ce qui fait que les règles de réécriture doivent se dissocier du stéréotype pour pouvoir marcher convenablement. On peut alors les considérer comme une forme de liberté pour la grammaire.
On apprend avec l'ouvrage de Scavennec M, Le calcul (2003), que le numéro de position de chaque chiffre dans un nombre révèle le nombre d'unités que ce chiffre possède à cet endroit sur une base de 10. Donc dans le cas d'un nombre, les règles de réécriture ne permettent pas de reconnaître directement la valeur des chiffres puisqu'il faut ensuite multiplier la valeur observée par des puissances de 10.
Soit Sysn = <N, Vn , Catn , Rn>
Vn = {1, 9, 8}
Catn = {1, 2, 3, 4}
Rn : N → 1234
Et on sait que:
1 → "1" * 100
2 → "9" * 100
3 → "8" * 10
4 → "1" * 1
Donc dans le système numéral, les règles de réécritures permettent de générer des indices sur comment ensuite reconnaître la valeur des unités sur une base de 10. Catn représente des indices.
On apprend grâce à l'ouïe de Richard Bourdoncle que la grive musicienne est un oiseau qui n'a pas de chant propre et qui a l'habitude de répéter 4 ou 5 fois de suite le cri ou le chant d'un autre oiseau. A cela, il faut rajouter que en observant les oiseaux, j'ai remarqué qu'il se passait dans leur langage la même chose que chez les chats. En effet, il a été démontré dans Françoise Del Socorro, le dialogue en boulangerie (2003), que chez le chat le module syntaxique domine le module sémantique parce que "la réitération du vocabulaire sonore (y) est déterminé par la syntaxe alors que chez l’homme, la réitération du vocabulaire sonore est déterminé par le sens ou peut-être équitablement par la syntaxe et par le sens."
Soit Sysg = <G, Vg, Catg, Rg>
Vg = {pipit}
Catg = {1, 2, 3, 4}
Rg: G → 1234
Et on sait que:
1, 2, 3, 4 → "pipit"
Donc dans le système grive musicienne, les règles de réécritures permettent la reconnaissance immédiate du chant qui est constitué par des catégories multipositionnelles-monolexicales. De plus chez la grive musicienne tout comme chez le chat il y a une grande créativité lexicale, qui ne peut actuellement pas être mesurée ni qualifiée (potentiellement infinie?), et qui nous oblige d'utiliser le même attribut notationnel que chez l'être humain: la séparation entre la syntaxe et la sémantique, tout en sachant que c'est hypothétiquement la syntaxe qui domine la sémantique chez tous les animaux, alors que chez nous c'est la sémantique qui domine la syntaxe.
Quand on enregistre le langage humain, la bande passante est linéaire, elle supprime les informations prosodiques importantes en les associant à la suite concaténée de phonèmes, en donnant l'illusion que le discours est une chaîne parlée uniquement constituée d'une suite linéaire de phonèmes ou de sons. On a pu démontrer que les phonèmes d'une langue humaine sont en nombre limité en tant qu'unités délimitables potentiellement distinctives de sens, et que le nombre de phrases qu'ils peuvent former est potentiellement infini. Chomsky a fait une démonstration par l'absurde dans Structures syntaxiques (1957), p.21 à 28, pour dire que même si la réalité linguistique du processus de communication semblait être linéaire, la grammaire qui permet de passer d'un nombre fini de phonèmes à un nombre infini de phrases ne l'est pas. Les règles de réécriture pour Chomsky évoquent tout sauf la linéarité. Comment se fait-il?
Si on utilise comme métaphore pour représenter, non pas la langue, mais le fonctionnement de la langue, non pas le système composé d'un nombre fini d'unités (mots) permettant de composer un nombre fini ou infini d'unités d'ordre supérieur (phrase), mais le mécanisme qui permet de passer de l'un à l'autre, de "l", "e" à "le", le modèle de la théorie de la communication qui présente la langue comme pouvant être produite par un automate à nombre fini d'états appelé processus de Markov.
Alors, on a besoin de voir la langue non pas dans sa nature psychique, mais dans sa structure alphabétique où chaque symbole fonctionne comme une lettre de l'alphabet, par concaténation avec le suivant.
Soit la phrase que j'ai proposé: "le langage est le", on peut représenter la structure de cette phrase par un automate à un nombre fini d'états soit en partant des lettres qui composent la phrase et en considérant la phrase comme "un grand mot avec des blancs" (Sylvain Kahane), soit en partant des catégories grammaticales qui constituent cette phrase et en considérant la phrase comme agrammaticale puisque elle n'est pas finie. Et on peut attribuer à chaque automate une grammaire dont l'intérêt est de ne pas être institutionnalisée et donc de ne pas refléter la langue sous les préjugés qu'on lui accorde.


G1: {{l{a{n}*g}*e}*.{e.s.t}*.{#}*}*
G2: {{GN.V}*.{GN}}
Le processus de communication linéaire, appelé le processus de Markov, produit des phrases dont les unités se lisent sur l'expression régulière de gauche à droite, l'étoile de Kleene (*) signifie que une unité peut être répétée de 0 à n fois, la concaténation (.) indique qu'un élément précède un autre et les accolades ({}) indiquent le début et la fin des systèmes et des sous-systèmes à étudier. La notation s'appelle une expression régulière puisque cette grammaire ne montre que les régularités d'un langage.
D'après Noam Chomsky, cette analyse du processus de la communication conduit à deux types d'impasse parce que elle représente ce processus comme étant une ligne avec des régularités ici et là. P.27, il nous raconte que "Si une grammaire de ce type produit toutes les phrases anglaises, elle produira tout aussi bien des "non phrases";. Si elle ne produit que les phrases anglaises, nous pouvons être sûrs qu'il y aura une infinité de phrases vraies, de phrases fausses, de questions raisonnables etc. qu'elle ne produira simplement pas."
En effet, dans l'exemple 1, G1 produit non seulement toutes les phrases coïncidant avec H = "le langage est": le#langage#est, le#langage#est#, mais aussi une quantité innombrable de phrases n'appartenant pas à H comme: #lelaganganngagage#est#est#lage.
Et dans l'exemple 2, G2 engendre 2 structures correctes pour H : {GN, GNVGN} à l'exception d'une structure incorrecte: {GNVD}, mais n'engendre pas H en tant que phrase correcte ou incorrecte car la grammaire G2 ne prend pas en compte le processus de récursivité qui permet d'après Chomsky d'enchâsser les niveaux linguistiques entre eux.
Les CFG, ont donc l'avantage de ne pas pouvoir produire une quantité relativement trop grande de non-phrases comme G1, et de pouvoir s'appliquer à plus qu'un cas particulier de phrases contrairement à G2, parce que la récursivité construit un système dont la prévisibilité des cas à venir est bien plus homogène que dans le système que la linéarité construit, même si par rapport au réel, la récursivité ne prend pas en compte l'originalité temporo-situationnel de chaque unité du langage, et part du principe que chaque unité est déjà bien délimitée.
Donc si on résout notre problème initial de la même façon que les deux autres, avec une CFG (Context Free Grammar) on obtient:
Soit Sysh = <H, Vh, Cath, Rh>
Vh = {le, langage, est}
Cath = {D, N, GN, V, GV}
Rh:
H → GN GV
GN → DN
GV → V GN
Et on sait que:
La grammaire est enchâssée et non pas linéaire, d'où elle a plusieurs niveaux, l'un de ces niveaux est le module lexical volontairement omis lors de l'analyse:
D → #le#
N → #langage#
V → #est#
Pour pouvoir dire d'une phrase qu'elle est bien formée, il faut tester l'adéquation entre la grammaire et la phrase, vérifier si la grammaire peut générer cette phrase sur le plan des constituants terminaux (D, N, V) et préterminaux (GN, GV, H). Si le test échoue, alors soit la phrase est malformée, soit l'étendue de la grammaire est insuffisante.
Dans ce cas-ci, on ne peut pas générer la phrase "le langage est le" à partir de cette grammaire Gh, car il faut un GN complet après le verbe: *DNVD(N?)
La seule façon de résoudre l'équation a ≈ a', si la méthode d'analyse du système a est une projection du fonctionnement de a notée a', est de chercher à trouver a' en supposant que a est une langue inconnue dont les interstices dévoilent a' lors de son apprentissage mais ne dévoileront jamais a, en tout cas pas par la méthode subjective de la modélisation. Deux problèmes se posent, qui sont également des problèmes qu'on peut poser lorsqu'on essaye de formaliser un langage inconnu comme le langage animal: Le premier problème est celui de la catégorie terminale, soit c'est l'histoire qui a associé à chaque mot du vocabulaire une catégorie terminale: "le" → D, soit c'est le linguiste qui pose ce lien ("pipit" → 1) en fonction de ses observations sur comment un certain nombre d'unités linguistiques peuvent être vues comme appartenant à un ensemble cohérent d'ordre supérieur et par quoi ces ensembles sont connectés entre eux? Par des règles de réécriture? Par des concaténations? Dans les deux cas il doit construire et la grammaire et les outils au moyen desquels il définit sa grammaire, et les outils mathématiques lui seront bien utiles quoique insuffisants.
Le deuxième problème est celui de comment considérer les relations de réciprocité entre éléments du vocabulaire? Si ce langage fonctionne comme le langage humain, alors ce lien peut être reconstitué par le linguiste en fonction de ses observations sur la nature du référent de chaque mot et sur les relations de proximité qu'entretient chaque mot de nature référentielle différente. Un peu comme si le classement de la catégorie préterminale du mot dépendait du classement qu'un individu fait de la nature (Narbre, Nplante, Ncouleur, Npersonne...) qui l'entoure. Sinon, on pourrait considérer comme J.J. Franckel que les catégories grammaticales désignent un rapport intensionnel entre deux ou plusieurs unités permettant de les figurer dans un scénario extralinguistique potentiel où la scène doit se dérouler comme attendue. En effet chaque mot prend part à une scène unique, mais pas anodine, du scénario extralinguistique, et même si on ne connaît pas le référent, rien que en reconstituant la scène d'un point de vue interactionniste et énonciatif, on peut jusqu'à une certaine mesure, supposer que le sens d'un énoncé ou d'une catégorie grammaticale peut être donné par la coïncidence temporelle entre ce qui est dit et la représentation mentale de la situation d'énonciation des deux individus, humains ou animaux, qui interagissent en toute complicité. Ainsi j'ai pu reconstituer le sens des miaulements longs de mon chat, Pirate dans Françoise Del Socorro, Le dialogue en boulangerie (2003), parce que je sais qu'il préfère manger du manger mou à midi, qu'il venait de manger des croquettes, et qu'il miaulait sur le lave linge lieu symbolique de la distribution de croquettes, en s'adressant à moi et à ma soeur, comme renvoyant à la demande de manger mou et pas de croquettes, ce qui m'a permis de redéfinir le sens comme: "Forme d’adaptation langagière à autrui visant à construire un message à deux."
Donc toutes les présuppositions liées à l'usage des CFG pour le langage humain sont intrinsèques à la théorie CFG. Et on peut croire que la reconnaissance psychologique ne joue aucun rôle dans la reconnaissance sémantique de la catégorie grammaticale des mots, puisqu'ici la reconnaissance des catégories grammaticales terminales des mots est différée mais est incluse dans le procédé d'imbrication des règles de subsomption, dans les règles de constituance, dans des règles de constituance de portée plus générale, ce qui a pour conséquence d'organiser le mot en niveaux d'analyses croissants: mot < catégorie grammaticale < catégorie préterminale < segment initial, et le modèle de langage en niveaux hiérarchiques: le niveau phonématique, morphématique, lexical, syntaxique et sémantique.


En conclusion pour ce sous-chapitre, répondons à toutes les questions que l'on s'est posé en commençant par la dernière. Pour Noam Chomsky, les règles de réécritures prouvent que le langage n'est pas linéaire puisqu'elles définissent des procédures d'enchâssement de niveaux d'analyses en sous-niveaux.
Du point de vue linguistique, la relation non concomitante entre les règles de réécriture à but localisationniste et la reconnaissance psychologique d'une unité linguistique en supposant que le langage formel est le point d'observation possible à partir duquel on peut observer le langage, fonctionne en transformant le point d'observation en un lieu d'observation dans lequel l'objet observé est inclus et concomitant parce que le langage formel doit s'identifier très fortement avec le langage étudié afin de pouvoir le décrire en le représentant, en étant sa métaphore inouïe, ce qui a pour conséquence que l'on peut certainement utiliser la localisation spatio-temporelle pour déchiffrer le langage lors du processus de communication, pour reconnaître le sens catégoriel des unités linguistiques en fonction de leur place, mais ce moyen d'accès à la compréhension du langage d'autrui, quoique étant la méthode d'analyse la plus triviale pour voir le monde, ce monde où nous avons deux oreilles pour traiter les sons, où dans la production sonore on peut distinguer le segmental du suprasegmental phonologique, ce qui aurait peut-être quelque chose avoir avec les deux oreilles que la plupart des animaux à sons possèdent, où un même neurotransmetteur peut soit inhiber soit exciter le neurone précédent par l'intermédiaire de milliards d'oreilles réceptrices, n'est pas le meilleur moyen d'accès pour reconnaître et décortiquer le langage. Les règles de réécriture sont un moyen conceptuel pour le linguiste de représenter la langue, tout comme les vecteurs représentent le poids sans être le poids pour le physicien averti. Ce qui fait que l'on peut opposer le système de reconnaissance chez l'homme qui utilise un encodage multidimensionnel pour percevoir un ensemble d'éléments similaires comme un avec celui des logiciels qu'il peut potentiellement construire qui utilisent un encodage à matrice unidimensionnelle pour percevoir chaque élément indépendamment les uns des autres. D'ailleurs Marcel Cori passe son temps à montrer la rigueur inhumaine avec laquelle l'ordinateur traite étape par étape les questions qu'on lui pose et que nous on résoudrait par présuppositions, l'ordinateur effectuant plus de "travail" que l'humain mais allant beaucoup plus vite dans sa quête. Et que l'on peut considérer que même si les règles de réécriture étaient physiologiquement linéaires et que la position de chaque unité linguistique sur une ligne déterminerait la catégorie de chacune de ces unités, ce qui n'est pas le cas, la fonction localisatrice de ces règles ne permettrait pas à l'humain de reconstituer mentalement un objet puisqu'il a été démontré que il n'existe pas de lien entre la localisation d'un objet sur une ligne (1D) et sa représentation mentale (3D), ni d'un point de vue neuropsychologique, ni d'un point de vue logico-mathématique, ni d'un point de vue communico-linguistique. Mais même si l'estimation est le propre de l'homme (ainsi que de tous les systèmes vivants utilisant un support neurologique pour traiter le savoir) et, l'exactitude est le produit de sa création, cela n'exclut pas que les règles de réécriture linéaires puissent prendre partie dans la psyché de l'homme à la construction d'une grammaire mentale pour d'autres raisons que celle de la reconnaissance des catégories syntaxiques.
Pourquoi le système d'estimation humain peut-il alors être défaillant, si il est plus performant que le système d'examination de la machine pour reconnaître ce qui dans le monde du visible est un individu unique et dans le monde de l'imaginaire appartient à la même catégorie d'objets? Supposons que les règles de réécriture agissent tout de même dans un niveau psychologique difficile à trouver au niveau des entités visuelles ou sonores pouvant constituer une grammaire mentale parce que certaines des caractéristiques des entités sont propres à la catégorie à laquelle elles renvoient. Supposons alors que les règles de réécriture sont ce qui lie les entités dans une même catégorie, et l'ensemble des catégories dans une même grammaire, ou soit sont ce qui lie par une relation de dépendance le tout d'une grammaire auditive, conceptuelle ou imagée à ses parties car tel est aussi son rôle dans les grammaires formelles.
Soit ces 2 propositions:
(p): La linéarité détermine la multilinéarité.
(1/p): La multilinéarité détermine la linéarité
Si on utilise la définition d'un préjugé sous-jacente à l'ouvrage Biology as Ideology de RC Lewontin comme le fait de dire de deux prédicats d'une même proposition qu'ils sont connectés entre eux, alors qu'en réalité ils ne sont pas connectés entre eux: p.29: "There is no connection whatsoever between the variation that can be ascribed to genetic differences as opposed to environmental differences and whether a change in environment will affect performance and by how much." [Il n'existe pas une seule connexion entre ce qui est appelé de variation génétique interindividuelle et qui peut être attribué à des différences génétiques par opposition aux différences environnementales et le fait que le changement d'environnement peut affecter un peu ou beaucoup la performance d'un individu.] (Op. Cit. Lewontin RC, orig. 1929, Biology as ideology, HarperPerennial, p.29).
Et qu'on nous demande de choisir entre p et 1/p, alors p et 1/p sont tous deux des préjugés parce que la linéarité L(x) et la multidimensionnalité M(x) forment deux ensembles qui ne se recoupent pas et qui ne sont reliés entre eux que dans l'allégorie.
Cependant soyons modestes, il s'agit là de sciences et pas de politique et il faudrait une preuve ou une démonstration logique pour critiquer cela et prouver que ce lien existe.
On peut alors penser de l'idéation dans le cas d'un objet peu connu au point de ne pas être reconnu par le patient sain ou pathologique qu'elle n'a pas pu utiliser les règles de réécriture pour une vérification rapide des liens entre éléments, et qu'elle en est restée dans la stéréotypie, là où la référence est aveugle, et où il n'y a pas ou très peu de connexion entre les sous-propriétés référentielles dénombrées par le stéréotype, c'est le lien entre les parties de l'objet qui n'est pas clair, c'est ce qui fait des parties une unité qui est méconnu, même si l'oiseau existe, ce n'est pas un oiseau.
Donc il se pourrait que le lien entre la multidimensionnalité et l'unidimensionnalité (ou la linéarité) soit non pas la reconnaissance des unités présentées mais la possibilité de relier conceptuellement les unités entre elles au niveau psychique. La multidimensionnalité étant ce qui permet la reconnaissance chez l'homme et la linéarité étant ce qui permet la reconnaissance chez la machine crée par l'homme.


1- La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet
f) Conclusion


L'apport de Noam Chomsky a été d'introduire dans la science une méthode subjective, sa toute première méthode subjective, sans savoir qu'elle en était une. N'ayant pas remarqué qu'il a trouvé le moyen d'avoir une assez parfaite identification entre son outil d'analyse et son objet d'analyse, il a cru qu'il décrivait son objet d'analyse d'un point de vue interne, du point de vue des principes et des lois qui le régissent physiologiquement, alors qu'il avait découvert la modélisation d'une langue humaine.
Un modèle se définit comme un sous-ensemble de l'intersection du langage formel créé par le linguiste avec le langage sous-jacent au corpus analysé, il s'agit en fait de l'ensemble de mots communs au langage de l'automate conceptuel, de l'interprétation que le linguiste en fait de la représentation du fonctionnement de cet automate, et des mots étiquetés du corpus.
La modélisation consiste à formaliser un corpus et donc à extraire des règles conceptuelles du corpus. Ces règles ne sont pas des règles sociales ni législatives mais un témoignage conceptuel du fonctionnement mathématique du corpus sous l'angle d'une philosophie grammaticale particulière, d'une conceptualisation particulière de la forme, dans un contexte d'étude particulier. Elle est possible pour tout type de corpus écrit ou annoté sous forme écrite peu importe son origine: humaine, inventée, animale, extra-terrestre. Les corpus oraux ne se sont des corpus linguistiques que une fois transcrits sous forme écrite grâce à l'alphabet phonétique international et à des conventions d'encodage diverses, variant selon les buts qu'on se donne.
La liberté en linguistique se définit comme la philosophie que le linguiste utilise pour interpréter non pas ses résultats mais sa méthode d'analyse. Ainsi Chomsky propose au linguiste de s'approprier de son travail lorsqu'il théorise les "principes abstraits qui gouvernent (la) structure (du langage) et (de) son emploi"(p.12) afin de pouvoir questionner la portée de son travail, qui pour lui est cognitive, et critiquer la grammaire au lieu de l'utiliser comme un simple moyen d'analyse non questionnable du langage humain.
Les problèmes de compréhension que la linguistique peut rencontrer avec la philosophie de l'objectivité, trop souvent mal représentée par les enseignants car ceux-ci suppriment toutes les issues que les philosophes donnent sur le côté subjectif de l'interprétation des résultats d'une étude irrationnellement objective: une expérience, un résultat, puis on dispose d'une certaine liberté pour parler du résultat; viennent du fait que tout oppose objectivité et subjectivité, déduction et induction, de façon pas complètement complémentaire mais tout de même de façon assez opposée.
Je ne dirais pas que toute la linguistique est subjective, mais ne s'agissant que de celle qui réfléchit sur la rencontre entre sa méthode d'analyse et les sursauts quantiques du corpus, et non pas de celle qui s'occupe de la relation sociale, historique, théorique ou autre entre un concept et le mot auquel il se réfère, cette linguistique-là occupe à elle seule, et ce depuis que Saussure a bannit le versant référentiel des mots aux choses et par là des choses aux mots, 90% du champ disciplinaire. Une grande partie des études actuelles sur la référence nie également le fait qu'on puisse utiliser la linguistique pour faire un discours sur un objet matériel ou immatériel, et rentre dans ces 90%. Et le 10% restant désigne une discipline linguistique connue par les littéraires classiques et les intellectuels scientifiques mais très vite écartée de la discipline par les linguistes, et donc inconnue pour nous.
Et c'est sur cette philosophie de la subjectivité par opposition à celle de l'objectivité, et en l'incluant, qu'il faut que le regard se concentre en linguistique. En philosophie, il faut inclure les oppositions, pas les exclure, sinon on ne sait pas à quoi est-ce que l'on s'oppose. Et il faut aussi prendre en compte que lorsque un auteur n'explicite pas pourquoi il est opposé à quelque chose, les jugements moraux n'ayant point de valeur explicative, il s'oppose alors pour dire: "je continue mon chemin sans regarder les chemins qui croisent mon itinéraire", parce que l'écriture déroule la pensée dans un espace linéaire, mais la route que l'on construit pour mener chaque voyageur qui s'y invite quelque part propose des bifurcations qui n'intéressent pas celui qui a pour fonction de bâtir sa route, d'ailleurs il ne sait pas où celles-ci mènent, et préfère par prudence y mettre une pancarte "danger" pour que le voyageur reste sur sa route et ne prenne pas une autre route à destination inconnue, par peur de l'inconnu et de l'éloignement théorique. Et quand il y a trop de bâtisseur de routes qui mettent une pancarte "danger" sur une route, les voyageurs se précipitent en masse pour savoir pourquoi et changent la science irrémédiablement de cap. Et c'est ainsi que toute science, y compris la linguistique, fonctionne par interdictions.
Finalement la philosophie de la subjectivité a aussi un avantage sur le plan social, elle a fait rentrer grâce à Noam Chomsky, la pluridisciplinarité dans la linguistique où désormais les mathématiques ensemblistes (logique, théorèmes, organisation des idées) sont devenues totalement compatibles avec l'étude du langage et des langues et où l'informatique cognitive (langages de programmation, métamathématiques, idée de donner un ordre à une machine) peut exploiter la dynamique de l'interactivité du langage au moyen de la méthodologie linguistique (systématisations, règles de récursivité).
Et elle a fait apparaître une possibilité d'autres types de fusion avec d'autres disciplines qui la côtoient depuis des siècles: la biologie et la neurologie. Mais pour qu'une fusion ait lieu entre la linguistique et le domaine du vivant, il faut une théorisation conjointe où la fusion soit totale mais réfléchie. Bien que la "biologie" de Noam Chomsky soit fausse, rudimentaire, lycéenne, incertaine et chaotique, une de ses applications sociales, est le fait que ne sachant pas que la neuropathologie réfléchit sur le support nerveux du langage alors que la linguistique réfléchit sur la forme conceptuelle du message exécutée par le langage, idem au niveau cellulaire, où lorsqu'on parle de chimiotactisme: le langage des cellules, on ne décrit pas l'alphabet conceptuel qui code le message que les cellules utilisent pour s'échanger des informations sur la présence ou l'absence d'un milieu favorable au niveau de la nutrition, de l'éclairage ou de la température, mais les moyens que la cellule possède pour produire le signal (appareil de golgi, transport actif et passif des vésicules, membrane cytoplasmique), pour le recevoir (récepteurs membranaires, polarisation membranaire), pour réagir en conséquence (flagelles, cils), ainsi que la composition protéique du signal et ses actions sur les cellules à proximité en fonction de la quantité de substance déversée dans le milieu nutritif, ne sachant pas qu'en biologie on s'intéresse au support en excluant le message (dans son acception linguistique), il a tout de même trouvé une façon de donner une liberté au langage produit par les êtres vivants qu'ils n'avaient pas au temps de Paul Broca (XIXème).
Il a libéré la définition du langage humain de la bipartition qui opposait ce qui peut être considéré comme du langage humain parce que compréhensible de ce qui n'est pas considéré comme du langage humain parce que incompréhensible et qui est désigné jusqu'au 20ème siècle pour le stigmatiser sous le nom de "absence de langage", en supposant que "l'homme n'est pas fait pour apprendre une langue plutôt qu'une autre; (et que) le système des principes est donc nécessairement une propriété de l'espèce"(p.20). Ces deux axiomes sont présupposés dans l'idée qu'il est doublement possible pour le linguiste d'appréhender une langue et même un langage inconnu sous forme de corpus écrit et d'en donner une description objective et apparente des règles intrinsèques qui délimitent son fonctionnement et son usage mental ou social comme un tout parce que toute langue peut être l'objet d'un corpus et toute langue peut être décrite avec des règles grammaticales ou sociales, même lorsque ces règles ont un faible degré de mathématisation. Ce qui en plus d'apporter une nouvelle conception sociale du langage humain comme universel, et non aliénable, a aussi une influence sur le comportement du chercheur vis à vis du vrai langage pathologique. Jusqu'au XXème, lorsque un chercheur s'intéressait par exemple à un aphasique, il était totalement admissible qu'il dise de celui-ci qu'il a perdu totalement la faculté de langage soit parce que les mots qu'il prononce ne sont pas compréhensibles socialement (dans la société des non linguistes), ou encore parce que il ne leur reste plus que deux ou trois mots, ce qui n'est pas suffisant pour avoir une interaction langagière (dans la société des non sociolinguistes).
Cette réflexion est tout à fait d'actualité quand on se réfère aux passereaux dans le monde animal, où la terminologie employée pour se faire une représentation sociale du langage des animaux semble avoir conservé le calque de la conception obscurantiste du langage humain en général inaugurée par la théorie de la dominance hémisphérique de Paul Broca au XIXème. Que ce soient les guides humains (ornithologues) ou les guides sur papier (ornithologiques), qu'on nous prête l'oreille ou qu'on nous informe, on nous apprend que seuls les passereaux mâles ont un chant. Or, ce qui est intrigant, c'est qu'à force d'observer les passereaux femelles on se rend compte qu'elles produisent des sons, mais c'est dit et écrit qu'elles ne chantent pas, donc qu'elles doivent être muettes, ce qui est tout de même contradictoire avec l'ouïe. Et après de longues hésitations, en posant cette question aux ornithologues, on m'a répondu que les femelles passereaux ont un cri, mais pas de chant dont on puisse reconnaître qu'il est le chant propre à l'espèce.
Donc par rapport à Paul Broca, et en continuité avec ses hésitations, Paul Broca ayant tout de même été l'un des pionniers à se douter que les aphasiques pourraient néanmoins se remettre à parler normalement, puisque leur cerveau droit était intacte, et à réapprendre expérimentalement quelques-uns à parler avec succès, bien qu'il disait d'eux qu'ils avaient perdu la faculté du langage pour argumenter sa théorie, Chomsky a tout de même fait faire un saut terminologique à la société.


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BIBLIOGRAPHIE

Chapitre 1 La subjectivité en tant que langage ou en tant que sujet